L'É\'OLCTIOl'i DE L'ACCORD POUR LA VIE 345 admettons aussi que l'insuffisance des moyens de nutrition et par suite l'envie, la jalousie et la haine ont dt'.tsouYcnt les rompre ou armer les membres qui les composaient les uns contre les autres. Mais, quelque misérables, quelque rudimentaires que fussent ces communautés, en bien des circonstances les nécessites de la Yie les oblio-eaient à unir t, leurs efforts. Charnnc d'elles par exemple avait pour ennemies toutes les autres. Aussi les individus 'devaient-ils, dans k cas au moins d'hostilitc avec l'étranger, s'entendre pour pournir subsister et triompher des périls qui menaçaient la prospüité du groupe. Ils devaient même laisser aux plus habiles ou aux plus expérimentés le soin de les organiser en Yue de la défense ou de l'attaque. Ainsi naissait le gouvernement. Celui qui le dctenait proposait une règle de conduite, le plus souvent l'imposait sous un prétexte ou sous un autre. Ainsi naissait la loi. ~10me les peuplades parfois citées comme ne sentant pas le besoin de pouYoirs stables et réguliéremcnt constitues, Berbères, Indiens, etc., se rangent, en cas <l'expédition guerrière, sous le commandement d'un de leurs membres, de celui qu'elles jugent le plus capable de les diriger a\'CCsuccès. Elles reconnaissent son autorité, au moins pendant la durée de la lutte. Les sauvages du Paraguay (Le/Ires édifia11/es, Ij90) formaient, bien que se croyant chacun son maitre, une sorte de société qui aYait a sa tète un chef nommé cacique. Ce chef, il est vrai, était plutôt un protecteur l'.t un père, dont on se séparait ~lès qu'on en était mécontent, mais il avait charge de garantir les intérêts collectifs contre les agressions des peuplades ,·oisines. En définitiYc, l'hypothèse d'une période anarchique originelle n'c.::stpas indiscutable. Peut-être se réduit-elle à une question de nuance dans l'interprétation des faits (1). Au point où nous sommes arriYés de la discussion, nous pouvons dire que les premières organisations, sous quelque mode qu'elles :ivec orgueil n'a,·oir rien de commun :tYec les races qui les environnaient et qu'ils qualifiaient de stupides. Les Hindous et les 13.,ctriens s'appelaient les meilleurs, lc:s illustres, Aryas. Les Chinois 0111 de bonne heure nomme leur patrie l'Empire du Milieu, le Céleste Empire. Jsrad répudiait les races étrangères. Les Grecs voyaient des 13arbares dans tous ceux qui ne parlaient pas I., langue de l'llellade. Rome naissante fut mise au ban des tribus du Latium. C'est plus tard que la conquête, la religion, le commerce, d'autres causes encore opèrent un rapprochement, une fusion des peuplades. Mais les hordes primitives de\'aient méme être inférieures à bien des ég:irds :, celles des sauvages modernes. (\'. Bagehot, op. cil., p. 20-23 et 130-11ï)- On a suppo,c qu'dles ~taient comparables à celles cles singes anthropoides et compt.,ient r.1rement plus d'u'.1e douzaine de personnes. Dans l"hypothëse de la descendance la conjecture est admissible. (r) L'instinct d'association est tel chez l'homme que ceux qui sont en lutte avec la société et ses lois se "roupent à leur manière et se reconnaissent certaines obligations dans un intérét c~lectif. Celui qui s'y soustrait et porte ainsi atteinte i l'association est considéré comme infâme et frappé d'une peine sévère, parfois puni de mort. (Courcelle-Seneuil, Eludes de Sciwce sociale, p. 112.)
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