344 LA REVUE SOCIALISTE le rejeton d'une espcce où la socialité est b régie, ensuite parce que les conditions de l'existence lui imposaient, au moins en certaines circonstances, l'action collective. Etait-_il un animal politique? On parle d'une période d'anarchie, durant laquelle il aurait vécu dans une indépendance sans limites, une promiscuité complète, jouissant a volonté des fruits de la terre, en dehors de toute régie et de toute loi. Le souvenir de cette époque aurait, dit-on, sen·i de canevas aux légendes poétiques ou religieuses de l'âge d'or ou du paradis perdu. On justifie la légitimité de cette hypothése en raisonnant par analogie sur certaines des peuplades les plus grossiéres. Chez les Guaharibos des ri\·es du haut Orénoque, chez les Sirianos ou Guaranis, chez les Fuégiens, etc., on ne trouve pas trace, dit Letourneau (Evol. pol., ch. II), d'eYolution politique. En tous cas, ils forment des sociétes, et c'est parce qu'ils Yoyagent en bandes qu'ils ont pu assurer la surYi\'ance de leur espéce. 11ais on a constaté chez les Fuegiens un embryon de gouvernement, puisqu'ils accordent aux Yieillards une certaine autorité morale. Quoi qu'il en soit, une période d'absolue anarchie n'a pas pu être de longue durée a l'origine, même chez des tribus abritees contre les périls du dehors par des défenses naturelles. La liberté eût été un obstacle aux progrcs de l'espèce humaine. La force même en ces temps lointains des instincts antisociaux aurait compromis a tout instant l'existence des membres de la communauté. Aussi les faits de cette catégorie sont-ils rares et le régime monarchique est-il plutôt l'organisation politique des sociétés naissantes. Cc n'est pas la liberté qui est ancienne, ou le despotisme l'est autant et plus qu'elle. D'ailleurs on ne peut même pas appeler du nom de liberté la condition primitive de l'homme. Jamais il ne fut plus esclaYe. Même en l'absence d'un chef, comment aurait-il été son maître, lorsque tant de forces qu'il ignorait entravaient sa prctendue independance? li était prisonnier de la nature, de ses appétits, <le ses terreurs, de ses superstitions, de ses préjugés et de bonne heure sans doute de la coutume.(\'. Roscber, Traité d'éco11r.nrale, p. 19-22). S'il est Haî que le sauvage est le moins libre des hommes, comme le fait avec raison remarquer Lubbock. (Origi11e de la civilisalio11, p. 440), n'est-il pas aussi é\'idcnt que le Primitif fut assujetti au joug d'une servitude égale, sinon plus complete et plus impérieuse encore? Il ne faut pas être dupe dans le passé d'une illusion dont on est si souvent dupe dans le présent. Que les associations originelles aient été restreintes ( I) et mal définies, on ne saurait le contester. Nous (1) Nos ancêtres les plus éloignés ont dû \'ivre par petites hordes, isolées les unes des autres. Au d<'.:but;,1éme de l'histoire, les peuplades sont refractaires à toute union, à toute relation avec leurs voisins. Chacune d'elles se considère comme la première de toutes et méprise les autres. Les Egyptiens, dit P. Mougeolle (op. cil.), prétendaient
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