La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE TROISIÈME CONGRÈS DES SYNDICATS ALLDIANDS 27 favoriser leur développement. La base de tout progrès de la classe ouvrière ne con~iste-t-elle pas en salaires suffisants pour permettre aux ouvriers de se nourrir, de s'habiller, de se loger d'une manièrc convenable? Et, pour conquérir de tels salaires, les ouvriers ne doivent-ils pas être armés pour la gréve, libres et capables de lutter ? Mais au lieu de donner son appui aux organisations ouvriéres, le gouvernement n'a qu'une pensée, qu1un seul but: les briser. Il prépare contre elles, actuellement, de nouvelles mesures de violence et de persécution. Devons-nous redouter ce régime? Nous ne le souhaitons pas, déclara Legien, parce que la violence appelle la violence, et que nous ne souhaitons pas une catastrophe, un bouleversement social. « Nous souhaitons une marche tr:111quille de l'évo;ution sociale vers une civilisation plus haute, et celle-ci dépend des éléments dont disposera la société de l'avenir. Nous autres syndic:iux, nous pensons qu'une solution de la question sociale, qu'une transformation de l'Etat et de la société en un ordre meilleur ne pourra se produire que si la classe qui sert de soutien à la société, la classe ouvrière, est nourrie d'une manière suffisante, est moralement et physiquement saine. » Mais nous ne craignons pas non plus ce régime de violence. « Il est possible et concevable, si l'on nous empêche d'une manière continue, pendant des dizaines d'annces, d'améliorer notre situation et nos conditions de travail, que les institutions de la sociétc s'effondrent, que le prolétariat soit moralement et physiquement frappé de déchéance; mais ce qui est inconcevable, c'est qu'une pareille législation tue la pensée révolutionnaire qui ne peut manquer d'animer les masses ouvrières asservies. Elle est dangereuse surtout pour l'ordre social actuel... « La législation peut prendre la forme que l'on voudra, il sera absolument impossible de supprimer notre organisation. Nous choisirons peut-être une autre forme d'organisation, mais cette forme sera pour uos adversaires bien plus dangereuse que les organisations qui déploient aujourd'hui leur activité au plein jour, sous les yeux de la police ... « Je le déclare en accord avec vous tous : Le gouvernement peut faire ce qu'il voudra: nous restons ce que nous fûmes. Avec ou sans régime d'exception nous ne renoncerons jamais à nos organisations. Nous leur donnerons la forme qui nous conviendra. Nous continuerons la lutte et, dans cette lutte, nous verrons bien qui restera vainqueur. » • C'est sur ces paroles que Legien finit son rapport : violemment, les applaudissements et les bravos éclatèrent, d'autant plus significatifs qu'à ce Congrès de syndicats les applaudissements étaient rares. Et

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==