La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

1.'t\'OLUTION DE L'ACCORD POL'R LA \îE 337 nateurs qui sont gros de conséquences à travers les ages et sur les résultats <lesquels d'autres incidents n'ont pas eu d'action décisiYe. Ces causes secondaires ont pu pour un· instant remplir l'office de ces digues assez fortes pour retarder le cours du Aot, mais trop faibles pour lui opposer une résistance durable; les eaux brisent leur barrière ou la franchissent.' Par exemple le gouvernement d'un Louis XI\', moins absolu d'ailleurs qu'on ne le dit, n'a pas <léfinitiYementarrêté le progrès des idèes libt'.:ralesdont les légistes du quatorzieme siC::cle t les audacieux noYateurs de la Renaissance lcgueront l'héritage au siècle de Voltaire. Le bigoti~me gui assombrit ks dernières années du règne a même hâté la contre-rt'.:action, en rendant iné\'itable l'effervescence intellectuelle gui suivit la mort <luprince. Essayons donc de dégager du chaos apparent des phénomC::n1:sgui composent la préhistoire et l'histoire les facte,Jrs essentiels qui concourent à fonder, perpétuer et agrandir le domaine de l'accord pour vivre. L'cvolution des société!- humaines en général et des gom·ernements en particulier est caractérisée, comme celle des socictés animales, par un progrès analogue dans les tr;rnsformations que prcsente l'accord pour vivre. Sans doute, pour nou~ serYir d'une expression de Letourneau (Evol. pol., prèface, p. \1), tout n'est pas bénéfice dans cette marche en avant et le gain ne \'a pas sans perte. Les instincts ègoïstes et autoritaires, les impulsions antisociales en un mot sont des ferments de discorde toujours en acti\·itc et d'autant plus cnergigues que l'homme est moins éloigne de la sau\'agerie ancestrale, si bien que le régime de l'accord est moins une réalité pleinement dfectiYé qu'une réalité qui se fait. Aussi le progrès est-il bien lent, surtout à l'01 igine, parce que les périodes de régression ou les époques de crise sont plus fréquentes. Mais il est manifeste et de plus en plus vérifiable, ù mesure que le fleuve des événements humains renverse un plus grand nombre des barrières qui tendent à le faire remonter ,·ers sa source, ·c'est-a-dire à mesure que les aspirations purement égoïstes des individus ou des classes sont moins libres de se satisfaire, c'est-à-dire à mesure que la coopération que les gouvernements ou les classes gou\'erncmentalcs exigent des classes asscrYies ou dominées en se présentant comme leur providence, leur divinité tutélaire et au nom du principe supt'.:rieurde l'intérêt de la commune, de la province, de la nation, de l'Etat en un mot sous toutes ses espcccs, s'exerce moins au bénéfice <leces gouvernements et de ces classes gouvernementales, a mesure aussi que les classes asservies ou dominées prétendent a prêter leur coopération dans des conditions où l'échange des services profite equitablement à tous, à mesure enfin que plus conscientes de leur importance dans l'œuvre de la production sociale elles revendiquent le droit d'être traitées sur le pied <lel'égalité ou <lel'équivalence sociale, <l'être juges du contrat qui les 22

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