La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIAL!STE lie et maitresses d'en régulariser les clauses dans le sens d'une équitable n'.:partition des charges et des profits. Le progrcs dans l'accord est donc en fait plutôt !'oeuvre des escla\'es ou des vaiDcus de tout ordre que des maitres qu'ils se sont donnés ou qu'ils subissent, car la protestation grandissante des premiers, qu'elle se manifeste par la lutte \'iolcnte ou la discussion pacifique, éveille les scrupules et surtout les inquiétudes des seconds et arrache des concessions à leur égoïsme. A nai dire, c'est l'égoïsme qui est généralement le roi du monde et les aspirations altruistes ne sont pas tant à l'ordinaire des réalités cristallisées ou immanentes à notre nature que des idéalités ou des velléités passageres, de même que la pitie, le droit et la justice sont des forces moins actives que la cruauté, le despotisme et l'injustice. Mais dans le milieu social l'acte humain a une répercussion sociale; même quand nous n'agissons que pour nous, nous sommes obliges d'agir de maniere :i servir ou léser autrni. En conséque:1ce, comme notre conduite ne peut pas être absolument cxclusiYe des intérêts de tout ou partie de la communauté, il suit de là qu'à moins de nous mettre en lutte ouverte a,·ec la societé, elle est de toute necessite plus ou moins altruiste ou cherche à se donner pour telle et ne voudrait pas ne pas le paraître, même quand elle ne l'est pas. L'altruisme est donc en régime social une nécessité pour la satisfaction de l'égoïsme, nous ne parlons pas de cet altruisme verbal ou absol11 sur lequel on a beaucoup écrit, mais qu'on ne \'Oit guére; nous parlons de cet altruisme dont nous nous faisons gloire parfois sans \'ouloir reconnaitre qu'il est le plus souvent au service de nos intérêts. En d'autres termes, l'accord pour la vie n'est pas seulement un principe purement ideal des societes de tout ordre; il !' est réalisé avec plus ou moins d'equité dans la répartition des charges et des bénefices, en ce sens que, si les esclaves ou les \'aincus ont besoin des maitres pour \"ivre, les maitres à leur tour sont obligés dans leur intérêt de faire ou de laisser vivre plus ou moins les uns et les autres. Lente ou acceléréc, l'éYolution sociale n'est i aucune époque exclusi\'e de l'accord pour ,·ine. Le despote le plus impitoyable même represente son autorité comme nécessaire au bonheur de son peuple et n'affirme pas sans reser\'e que son n'.:gne est celui du bon plaisir. C'est d'ailleurs un lieu commun souvent développé depuis Montesquieu qu'il n'y a jamais eu dans le monde une autoritt: humaine à tous egards despotique. Les preuves de fait abondent. Il suffit d'étudier les institutions des empires ou <les monarchies les plus autocratiques. (\'. par exemple Letourncau, Evo/. politique. - Cf. Passy, Desformes de go11verne111e11L.- Molinari, Evol. pol. et révol.). L'omnipotence <luprince est si bien une fiction que, s'il oublie que son pournir a des limites, Jes insurrections viennent lui rappeler que sa souveraineté n'est pas

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==