La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE IU~\"I:: DE PIERRE DAVA:--'ï' 333 connait son axiome fondamental : « Le Yers parfait doit être vide de pensée. » Chaque génération littéraire. a connu de tels fous, et s'est bien gardée de les emmener avec elle a la postérité. - Donc, ,·ous admettez qu'on puisse proscrire une forme d'art? fit Lagalinc, éYitant de discuter le génie de Machelu. - Pas du tOGt. Mais je ne veux pas que, sous prétexte d'art, un toqué prétende s'imposer a l'attention publique. Qu'il trouve une collection de fous semblables a lui, je ne le lui défends pas. Que ces fous se cotisent pour faire un sort a son œuvre et a sa personne, je n'ai rien a y redire. Mais qu'on oblige les rotatives de la République· à gâcher en l'honneur des Machelus un papier que, seuls, les Machelus liront, ah! non, par exemple. J'aspire, comme vous, a la plus parfaite communauté des biens, a la plus absolue gratuite des jouissances; mais j'ai idée que le temps où nous \'errons cela sera celui où l'on ne pourra plus même croire qu'il ait pu exister des Machelus. Pierre, en voyant plusieurs personnes se lever et sortir, songea ·qu'il devait être tard. Il consulta sa montre et dit à Lagalinc : - Excusez-moi d'avoir commencé cette discussion, mon cher ami, et de ne pouvoir la continuer en ce moment. Il est onze heures, et demain, a huit heures du matin, je dois conduire mes élcYes dans une usine pour ma leçon d'économie sociale. - Vous fuyez, dit Lagaline en riant. Mais frizet nie reste, et il n'en sera pas quitte ù bon marché, je vous en réponds. - Bien, bien, fit Frizet en dodelinant de la tète. C'est cc que nous allons voir. Et, Pierre parti, ils continucrent leur discussion jusqu'à la fermeture du cercle. EL'GÈNE FOURNIÈRE. (A rnivre )

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