La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

332 LA REVUE SOCIALISTE lecteurs, qui se présentèrent. Eliminés par une administration publique qui n'eût su que faire de leurs talents, purement descriptifs, rendus furieux par la crise de la librairie, ils se jetèrent dans tous les mouvements contre-ré\'olutionnaires et ainsi ne contribuérent point pour peu a les faire échouer. Ceux d'entre eux qui méritaient d'être sauvés et qui intéressaient, ii"1struisaient ou charmaient véritablement leurs contemporains, trouvèrent leur salut dans ces grandes associations spontanées et Yolontaires auxquelles on doit d'avoir pu faire la n'.:Yolution et l'organiser. Les cercles deYinrent le refuge non seulement des littérateurs, mais des artistes, de tous les artistes. Dans les fréquentes soirées qui s'y donnaient, un écrivain lisait un fragment de poème ou de roman, un musicien faisait exécuter une symphonie ou un acte de drame musical, un peintre faisait valoir ses toiles et trou\'ait des acheteurs indiYiduels ou collectifs. L'auteur, le musicien applaudi, trouYait des souscripteurs pour la publication ou l'exécution de son œuvre. li y eut évidemment, il y en a encore, des coteries et des camaraderies pour surfaire les talents et forcer l'attention du public; mais le mal est infiniment moindre qu'autrefois, et l'on peut s'en fier au goùt public, qui s'épure et s'éclaire chaque jour davantage, pour prédire sa prochaine et totale disparition. - Que le diable emporte votre discussion, grogna Lagaline. Les deux amis le rcgardercnt, stupéfaits. Quoi! Lagalinc refusait de disputer avec Frizet. Il aYait renoncé à son passe-temps favori. lis ne reconnaissaient plus leur Lagalinc. Ils lui marqucrent leur ctonnement. - Vous êtes causes, leur dit-il, que j'ai perdu la moitié au moins de l'exquise valse lente que l'orchestre vient de jouer. - Yous êtes donc mélomane? lui demanda Pierre, surpris. - Il y a des musiques que j'aime, répondit Lagaline. - Yous deviez nous avertir, dit Frizet. -A quoi bon! ... D'ailleurs, je vous ai écoutés tout de méme, alternant, comme le chœur antique, l'éloge du temps présent et le débinage du temps passé. Et cela m'a fait rire, moi qui connais un poète de gé:iic, oui, de génie, qui a vainement récité ses vers dans tous les cercles de Paris sans recueillir le nombre de souscriptions nécessaire a la publication de son œuvre. - Diantre! fit Pierre. Mais alors, nous deYons l'avoir entendu, ce génie, puisqu'il a couru toutes les réunions d'amateurs. Son nom? Jacques Machelu, parbleu! De qui voulez-Yous que je parle! - Lui! se récria Pierre. Mais il est célebre. On ne parle que de lui. li veut que ses vers soient à la fois musicaux et picturaux, architectoniques et mathematiqucs. En les récitant, il les dessine au tableau noir, et les commente par des saYantes opérntions d'algcbrc. Qui ne

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==