I.E Rl~\-E DE PIERRE D:\\"AKT à h disposition <lu public. Les uns pn.':tendent que seuls les auteurs incompris et les acteurs siffl.és demandent h gratuité des spectacles, dont tous leS-frais seraient assumés par la \ïlle. Les autres jurent que c'est le moyen unique de faire se produire les talents originaux auxquels leur caractc'.:reno\·atcur n'attire pas dc'.:sl'abord les fayeurs d~1public. li y a du vraïdans les deux thcses. Mais si aux premicres on peut objecter la these des seconds, on peut aussi répondre :\ ces dcrn icrs que les thc'.:àtresnationaux, auxquels on rnudrait assimiler les théùtres municipaux, ne sont pas prc'.:cisc'.:menntuverts aux talents nouYeaux. Et, alors, il faudrait admettre que la municipalité dùt aYoir plus de hardiesse et plus de libéralisme littc'.:rairesque l'l~tat. Pour ma part, je ne le puis, connaissant bien nos citoyens de l'édilité. Le mieux, donc, serait de laisser les choses comme elles sont et de s'en remettre à quelques cercles d'élite, comme celui où nous sommes, du soin de décou- \Tir les talents ig;10rés et de faire accepter les audaces méconnues. -Vous avez peut-ètre raison, dit Frizct. 1 'est-cc pas aux cercles, à ces associations spontanées que nous aYons dù toute une rc'.:volntion dans le systéme d'édition des œnHes littc'.:raircs ! Je n'ai pas ù vous apprendre qu'au sic'.:cledernier, à l'aurore de la révolution sociale, la France était malade de littérature. Quiconque ne pouYait être cabotin se faisait littérateur, et inYersement. li semblait naiment que les autres professions n'existassent plus. Sauf, pourtant, la peinture; et encore clic s'était faite littc'.:raire pour ne pas mourir sous le mépris public. - On avait déja ,·u cela au siécle prc'.:cédent,interrompir le je"une homme. Les rholutionnaires de Iï89 mèlaient leur littérature grecque et latine de collc'.:ge,qu'ils prenaient pour de l'histoire, aux idées de justice lancées sur le monde par les encyclopédistes. Cette défroque gréco-romaine de théùtre ne fut pas seulement l'habit tle la Révolution. Elle eut, Haie tunique de :--.Jessus,une inA.uence néfaste pour ceux qui s'en couvrirent. - Oui, et nos grands-pc'.:rcsont couru le mèrne danger au temps de la révolution sociale. Toute une littérature surgie des barricades de Saint-Merry, de Juin et de la Commune enfiévrait, non seulement les impatients, mais surtout les esprits moutonniers, qui voulaient bien consentirà l'originalité d'une r~volution ,pourvu qu'elle s'accomplit dans les formes traditionnelles, aYec les postures héroïques et les mots pour l'histoire proférés par ceux qui allaient mourir. Et vous sa\'ez combien de mal on eut à leur persuader qu'il ne s'agissait pas de n1ourir avec héroïsme dans le bruit de la fusillade, mais de vivre avec obstination pour achever l'œuvre de transformation humaine et sociale. Quand il s'agit d'organiser le nouveau régime victorieux, incalculable fut le nombre de littérateurs en action ou rè\'e, auteurs ou
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==