La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

I.E R(VE DE Plt-:RRE l)A\'AXT 329 Pierre cclata de rire. - \'ous n'auriez pas Youlu que les amis de l'art allassent se loger dans cette hideuse bi'ttissc du Sacré-Cœur. C'est bien bon pour des astronomes, ajouta-t-il en manière de plaisanterie. li reprit : - Nous nous· arrêterons à mi-côte. C'est hi que se trou\·e le cercle des Arts. S'il nous aYait fallu monter sur le plateau, nous eussions passé par le tune! et l'ascenseur nous cùt hissés, nous et notre Yéhiculc. Comment, Yous n'êtes jamais allés par la? Vous ne connaissez pas ce tune!, coupé au milieu par un ascenseur, qui permet au gré du Yoyageur de traverser la butte ou de l'escalader saus la moindre fatigue! C'est un des plus curieux tra,·aux du commencement de cc siécle. L'automobile montait lentement la colline, car ks Yoitures étaient nombreuses dans cette grande allée du parc qui aboutissait en spirale au sommet. Pierre stoppa deYant un cdificc de bonne apparence, se fit reconnaître du gardien, auquel il confia sa Yoiture, et, suiYi de ses amis, il entra, échangeant des saluts et des poignées de main aYcc d'autres surYenants. - Dans quel jardin irons-nous? intcrrogca-t-il. JI y a le jardinconversation, le jardin-promenade, le jardin-concert. \'ous avez le choix, mon cher Frizct. Si vous aviez consenti à Yous enfermer dans une salle, nous aurions eu le choix entre ks salles de jeux. de billard, de conversation, de conccr't et de conférence, de spectacle, la galerie de tableaux, que sais-je! ... On s'y perd. - Pour ma part, déclara Lagalinc, le jardin-concert ne me déplairait pas, surtout si l'on pouvait y prendre un rafraichissement. - Certes, dit Pierre. Boire un verre de bicrc en écoutant la marche de Tannhaüscr, ou une coupe glacée d'Asti spumantc en se régalant des mélodies furieuses de Verdi, me parait tout indiqué. - Allons, dit Frizet. Seulement si nous assortissons nos dcgustations aux morceaux qu'on cxccutcra, nous serons jolis à la fin du concert. Il y aYait peu de monde dans le jardin-concert, bien que le programme iùt des plus attr:iyants et l'orchestre irréprochable comme nombre et comme qu:ilité. On n'y Yoyait guere qne des couples jeunes, venus sans doute pour bercer d'harmonie leur rêve à deux. Pierre parut étonné et, pour être fixé sur cc point qui l'intriguait, il questionna le garçon qui leur apportait de la biére. - Comment! on ne vous a pas informé! s'exclama le garçon. Mais non, c'est inadmissible. \'ous :iurcz s:ins doute oublié qu'il y a cc soir, dans la salle de spectacle une représentation des comédiens ordinaires du roi de Si,arn.

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