La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

328 LA RE\TE SOCIALISTE longée avec ses pelouses et ses massifs jusqu'au bois de Vincennes. L'éclairage électrique tamisé par le feuillage donnait une douce lumiérc de n'.:Yc.Pierre songea que le lieu était pour quelque chose dans le tour qu'avait pris la conversation. - Mais, fit Lagalinc, si vous nous ayez demandé l'emploi de notre temps ce soir, c'est que Yous aviez un projet? - Oui, n'.:pondit le jeune homme. Je Youlais Yous inviter à passer la soirée à mon cercle. - Ma foi, déclara frizct, il fait si beau dehors ... - i\fais il y a un jardin, il y en a même plusieurs, se récTia Pierre. - Alors, c'est différent. - Qu'est-ce qu'il y a, comme monde, dans votre cercle? interrogea Lagalinc. Des professeurs? - Il y en a, mais fort peu ... D'ailleurs, vous le connaissez, du moins de nom. Le Cercle des Arts a sa petite réputation. - Je croyais qu'on n'y admettait que des artistes, observa Frizet. - Mais 11011, il y a des artistes et des amateurs. - Est-cc loin ? demanda Lagaline. - Assez loin pour que nous n'y allions pas à pied. Mais l'école ou j'ai laissé l'automobile est à deux pas d'ici. Nous allons aller l'y prendre, et en quelques minutes ds bonne vitesse nous serons à Montmartre. Le trajet fut vite accompli, en effet, par ce large boulevard extérieur; car c'est ainsi que les Parisiens, aprés plus d'un siécle, s'obstinaient encore à le nommer, bien que la population qu'il encerclait fût moins nombreuse que celle dont il était entouré. Dans toute sa partie extérieure, la chaussée, supprimée, avait fait place à une succession de jardins dcrricrc lesquels on apcrceYait de coquettes maisons. La chaussée intérieure, un peu élargie, suffi.saitamplement aux besoins de la circulation. Ainsi arrangée, cette avenue avait un aspect riant qu'on se plaisait à comparer aux gravures et aux photographies anciennes et qui justifiaient si bien la sinistre n'.:putation attachée naguérc a ce lieu de dlsolation et de misère effrontée. La voiture était arrivée au pied de la Butte, à la hauteur du jardinet ou se voient encore les statues de Diderot et de Sedaine. En face du jardinet, auquel certains conservaient encore son vieux nom de square d'Anvers, bien qu'il n'eût rien d'un square, une grille monumentale donnait accés sur un parc immense doucement éclairé et dans les futaies duquel on apcrcnait divers édifices brillamment éclairés. Au sommet de la colline, une massive construction byzantine érigeait son dôme polychràmc en pleine lumiérc électrique. - C'est là haut que nous allons? demanda Frizet en yoyant Pierre diriger la machine vers la grille.

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