FI !.A IŒ\TE !:>OCIALISTE Pigcnoix, accompagné du gérant, sortit du \'Cstiairc. Complbcmcnt yètu de neuf, l'ami du jeune Duclurme semblait un autre homme. Ses chcYcux et sa barbe etaicnt peignés, son visage propre faisait paraitre son nez moins rouge. - Ne seriez-vous pas content <l'ètrc toujours ainsi? lui dit le rrér,1ntaYcc un rire amical. ::, Georoes considérait son ami et semblait moins content de le YOir t"> ,1i11si.Décrassé du pittoresque de ses haillons, le malheureux lui semblait montrer davantage sa dégradation. La Yieindépendante et joyeuse de l'errant ne se soutenait donc·que par la charité publique! Il n'était donc pas réellement indépendant, et il lui fallait subir l'humiliation intime de porter des vêtements que son travail n',1vait pas payes! C'est donc ainsi qu'il serait, au sortir de son apprcntiss,1ge, lui Georges Ducharme, si fier de porter des Yêtcmcnts seyants, s'il continuait de se laisser aller a ses impulsions animales! Pierre devina les sentiments qui boule\'ersaient l'esprit de Georges. li lui dit affectueusement, ;\ voix basse: - Tu contemples ton ilote, petit. Courage. Laisse agir toute seule la kçon. - A table, citoyens! cria le gérant en pressant un bouton qui fit retentir un carillon d'appel dans toute la maison. Le n:pas était simple, mais abondant. Des douze tables à vingtquatre places qui occupaient le refcctoire, une seule était à peu près au complet. Le gérant s'assit aYcc ses pensionnaires habituels et improvises,;\ côte de Pierre, tout en donnant au service le coup <l'œil àu maitre. Au dessert, car il y aYait des fruits de saison, il annonça qu'il avait une communication à faire dont ceux qui le Youdraient pourraient prendre connaissance dans la salle d'hiYer. Tout le monde l'y suiYit, et quand chacun se fut assis commodemcnt, il annonça qu'on demandait <lescontre-maitres de tra\·aux et de cultures dans l'État libre du Congo et dans la province française du lac Tchad. - C'est trop loin, murmura Pigenoix. Et puis, des pays à ficwes où l'on claque comme des mouches. Le gerant aYait entendu. - Vous, mon vieux Pigenoix, dit-il, cc n'est pas votre affaire, des pays comme ceux-là. Quand on boit sous les tropiques, on est vite ratissé. Mais les gens sobres y vivent fort bien, i condition d'aller passer six ou huit semaines par an sur les hauts plateaux, dans les sanatoriums de rncanccs qui y sont installés. Un homme dit, d'une voix lente : - Moi, j'irais bien, ~'il n'y a p.1sbeaucoup Je traY,1il. Le gérant s'escl.iffa.
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