La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE HÎi\ï•: IJE PIEHRE llA\"A~T 323 L:i pi.:1i 1ed<.:tra ,·ailier! s'écria Louis<.:.Oh ! k ,·ilain mot. Mais le travail est u11plaisir. - Même quand ,·ous te11ezk balai au lii.:u<lel°l:uillet<.:ur11cp: artition? lui répliqua Frizet. - Même alors! aAirma-t-clle. J'ai Li joie de <lcrnir mon plaisir :i 11101e1ffort, et cela su/lit à tra11sformcr l'eflort lui-même en plaisir. Pierre lui serra la mai11aYcc émotio11. Lagali11e, qui inspectait le vestibule, alla donner un COU!)d'œil da11sla salle :i mano·er. fi reYi11t :-, en disant : - Ma foi, mon paune Frizet, si bie11traités que Yous le préte11diez, les hospitalisés 11'abo11de11ptas. Ils so11tà pei11eu11edouzai11c, et l'heure du diner ,·a sonner. 11ajouta : - \'ous le \"Oyez, ils préién:nt leur indépendance, ses has:mls et ses détresses, ù la bienYeillance administratiYe. Ils 011tassez de dignité pour souflrir de la faim da11s leur coin, plutôt qw.: de \"e11irnous exhiber leur rniscre à b table publique. - Qui ,•ous dit qu'ils ne sont pas plus nombreux ici, parœ qu'ils ne sont pas plus nombreux da11sParis? répliqua Pierre. Ces ambulants sont saisonniers, comme nous autres, mon cher ami. Paris 11'est u11e Yille d'été que pour nos amis et Yoisins. Et c'est alors que les Parisiens s'en \'Ont en villégiature. - Expliquez, alors, que les Yagabo11dsétra11gers11eviennent poi11t prendre villégiature ici, riposta Lagaline. - Tout simplement parce que le \'agabond, l'inapte au travail et aux complications sociales, est un indi,·idu qui tend :i retourner au type ancestral. Comme ses aïeux errants et paresseux, il n'habitt.: pa~ les cités. Son milieu, c'<.:stla nature, le plein air, les champs et les bois. Quand il Yient dans les \'illes, c'est pour s'y réfugier, et seulement dans la saison rigoureuse. - li y a des exceptions, dit hizct. - Oui, fit Pierre. Quand le Yagabond se double d'un i\'rogne. JI court alors les centres de tr:wail, s'y embauche pour un coup de main, s'en va dès qu'il a gagnè de quoi satisfaire sa passion, et recommence. Les hôtelleries et restaurants municipaux voient chaque jour diminuer leur clientèle, heureusement. Nous pouYons prévoir le moment oü ils disparaîtront, faute d'utilité. Car, ,·ous le sa,·ez, c'est seulement ù ceux qui sont censés pouYoir traYailler et ne le rnuloir que ces ctablissements sont destinés. Ceux qui ne peuvent réellement t.:t ddnt l'infirmité permanente est établie reçoivent l'hospit:1lité dans les maisons nationales s'ils n'ont pas de famille, ou une subvention égale au salaire moyen d'un travailleur de leur localit6 s'ils viYetHdans leur famille ou dans U11e famille amie.

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