LE R~YE DE PIERRE OAVA~T presque calmé leur captif. L'épithcte de blanc-bec fit rebondir sa fureur. Être traité ainsi devant sa sœur lui semblait intolérable. - Je veux lui faire voir que je suis un homme! cria-t-il. - ,, ous le lui feriez bien mieux voir en ne trépignant pas comme un méchant gamin, dit sévèrement Pierre. Quoique d'unè forme rude, cet appel à sa raison fit impression sur le frère de Louise. Il accepta de discuter. - Oui, conclut-il, je l'ai frappé le premier. Mais il m'aYait insulte. - ·,,oyez-vous, monsieur susceptible! gouailla l'autre. Mais sa gouaillerie n'avait plus rien d'hostile. Du moment qu'on s'expliquait, il ne demandait pas mieux que de prendre loyalement sa part de torts, a la condition que le jeune Ducharme voulùt bien en faire autant de son côté. Il offrit de raconter la cause de la querelle. D'un clin d'œil inquiet, Ducharme lui montra Louise, et, très rouge, il. dit précipitamment : - A quoi bon! ous avons chacun nos torts, nous les reconnaissons. Tu ne m'en veux plus, je ne t'en Yeux plus. N'embêtons pas plus longtemps le monde avec nos affaires. - Encore quelque vilaine histoire, soupira Louise, a qui n'avait pas échappé le jeu muet de son frère. - Mais non, petite sœur, je t'assure, balbutia le galopin. Il ne pouYait pas décemment avouer a Louise que la querelle était venue de ce que son antagoniste, son copain, l'avait déclaré incapable de boire deux litres de vin d'affilée sans être saoûl. ce· n'était pas de ces prouesses qu'il aimait a se vanter devant ,les siens. - Puisque te voici, lui dit Louise, tu vas m'accompagner a la maison, n'est-ce pas, mon petit Georges? La proposition parut médiocrement sourire au « petit Georges » qui avait sans doute organisé sa soirée autrement. li regarda sa sœur, puis son camarade, puis Pierre, et reporta ses regards a terre, très embarrassé. - Je vais te dire, fit-il. Pigenoix, mon ami Pigenoix, un ancien •de Diderot, qui est venu me voir tantôt ... Pigenoix salua en faisant des grâces a sa manière. Georges poursuivit : - Eh bien, ce vieil ami Pigenoix m'a inYité à dîner, et alors, tu comprends... • Ni Louise ni ses compagnons ne parurent comprendre que le gracieux Pigenoix eût invité à dîner le jeune Georges. Pigenoix n'avait pas, en effet, la mise et la tournure d'un amphitryon. Ses vêtements étaient des haillons sans forme et sans couleur, et la sueur du travail n'eût certainement pas sali à ce point le peu de linge qu'ils laissaient
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