La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

310 LA REVUE SOCIALISTE à tout ce qui l'a maintenu, comme homme, à l'intérieur de la soci6tc, à une certaine hauteur. Un tel fonctionnaire est, aux yeux de ses collegucs, par rapport à sa situation sociale antérieure, absolument dcgradc, et il ressent cette <lcgradation a\'ec d'autant plus d'amertume que, pour les raisons déjà indiquées, il ne peut plus obtenir dans sa profession que des tra\'aux tout à fait inférieurs. » Voilà l'avenir qui est réservé aux serviteurs des syndicats: « Quand ces gens se sont épuises à travailler le dimanche, le jour et la nuit, la danse recommence a\'ec un nouycau fonctionnaire. )) Et « il ne reste pas d'autre n!ssource que <l'accorder à l'ancien une aumô11e, parce qu'il ne se trouYc pas dans les statuts de fondement juridique à l'obligation 111orale pour les syndicats de payer une indemnité si minime fùt-clle aux fonctionnaires deYenus à leur service impropres au traYail. )> Les syndicats se trouvent-ils bien de cette façon de traiter leurs fonctionnaires? }follement. Et le mémoire autant que le rappo1t oral en mettent en lumière les funestes conséquences. « Par l'effet de la situation présente, <lit le mémoire, comme les fonctionnaires devenus impropres au tra\'ail ne peuvent pas trouYcr d'abri ailleurs, ils sont maintenus dans leur fonction plus longtèmps qu'il ne conviendrait, par des temps agités comme les nôtres, aux intérêts des syndicats. » Et le rapporteur de la Commission dit d'autre part, faisant allusion au surmenage des agents des syndicats, de ceux surtout qui doiYent travailler en dehors du syndicat, pour gagner leur ,·ie : « Comment un tel fonctionnai_rc peut-il être en état de faire pour son journal quelque chose d'utile et pour son organisation quelque chose de positif, .c'est cc qui est pour moi incompréhensible; un pareil travail doit nécessairement porter le caractère du hâtif, de l'inachevc, et souvent des dispositions personnelles se transportent sur des objets purement objectifs au détriment de l'ensemble. » Ce n'est donc pas seulement l'intérêt des fonctionnaires qui est en question, c'est l'intérêt même des syndicats. En améliorant la condition de leurs fonctionnaires, en pourvoyant à leur avenir, les syndicats accompliront Yis-à-Yis d'eux un devoir de justice; mais en même temps ils travailleront pour eux-mêmes, ils sauYegarderont leurs propres intérêts. Et la Commission, se plaçant tantôt au point de Yue des fonctionnaires, tantôt au point de vue des organisations, demandait que les traitements des bnctionnaires permanents, donnant tout leur temps au syndicat, fussent élcYcs, qu'il y eût dans toute organisation au moins un fonctionnaire permanent, que l'on accordùt des retraites aux fonctionnaires devenus vieux ou invalides.

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