La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE odieuses, épouvantables) n'est-ce pas, messieurs, une tristesse de constater que 1'.111tisé111i:is111iec,i et ailleurs, prétend, par une ironie suprême, se réclamer d~s principes et des tr,tditions de la Révolution française? (1) La preuve est faite: nous avons dégagé le troisieme élément de ce composé putride, l'antisémitisme algérien : le cléricalisme y entre pour une part considérable et, ce qui est plus grave encore, il pénetre sous cette forme en Algérie. Une colonie jusqu'à présent indemne de ce virus commence à en être infectée. L'antisémitisme aura vécu depuis longtemps quand le cléricalisme, cette toxine Yivace et multiforme dont le vaccin reste encore introuYable, infectera encore tout le pays. C'est le plus joli présent qu'auront fait à l'Algérie les antijuifs encore plus redoutables que les Grecs quand ils se mêlent de distribuer des dons. Cependant, si attristante qu'elle soit, il faut pousser plus loin l'analyse et décounir le côté économique du phénomène de pathologie sociale que nous examinons. En même temps que s'opérait en Algérie, sous les diYcrses influences que nous ayons signalées, la dissolution de la mentalité française et aYecelle la transformation du corps électoral par l'invasion étrangcre et l'intoxication clcricale, le commerce et l'industrie subiss:lient une crise très sérieuse. La prospérité générale de la colonie n'était pas atteinte comme le prom·ent les statistiques plutôt rassurantes. Mais les bénéfices s'amoindrissaient sensiblement pour chaque partie prenante par suite du nombre toujours croissant des patentés. Il en résultait une sorte d':ippau\Tissement gcnèral frappant surtout les nouveaux venus qui n'avaient ni connaissance du pays, ni expérience des affaires, ni capitaux suffisants. Parmi ceux-ci on compte sans doute quelques Français : l'immense majorité comprend des étrangers débarqués successi\·ement en masses profondes, appelés par leurs compatriotes desquels ils ont appris que sans courir aucun danger on pou- \'ait gagner gros en Algérie et peut-être faire l:i conquête du pays, - car il faut en finir une fois pour toutes ayec b légende rééditée sans cesse par les antisémites. Les étrangers sont très nombreux maintenant qu'on ne court plus aucun risque; mais loin d'aYoir été les auxiliaires Je la colonisation au temps <lu péril, ils faisaient, en petit nombre d'ailleurs, les mercantis dans les Yilles de garnison (2). Les nouveaux débarqués, trompes généralement d:rns leurs espérances, n'aYaient qu'un moyen d'assom·ir leur cupidité : organiser contre les anciennes maisons en possession de la clientcle une concurrence déloyale et redoutable. Malgré l'appui considérable que leur don- (r) Chambre des députés. Séance du r 5 mai 1899. (2) Voir Lenorm.111d : Ouvrage cité et documents i l'appui.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==