La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA >;ATL"RALISATJO:S: DES JUIFS ALGlôRJE:s;S n:iient les n:itur:ilises, il ne fall:iit p:is songer à detruire immcJi:itement les maisons fr:inç:iiscs : le jeu ét:iit trop d:ingereux, 111:iison pouv:iit commencer par se coaliser contre ks Juifs à charge d'englober bientàt d:ins le même boycott:igc tous les concurrents gênants dont on ferait des judaïsants, neologisme emprunté :iu dictionnaire de l'inquisition par les Espagnols du grand p:irti français. La guerre antijuivc n'est donc pas plus une guerre sociale qu'elle n'est une lutte philosophique : n'y cherchez aucune nie élcvee ou gcn<'.:ralc.Les haines religieuses et le bas cléricalisme y remplacent les idées philosophiques et les preoccupations economiques y sont représentées par une coalition de boutiquiers prèts à tout pour nndre plus cher et moins bon aux braves gogos qui paient argent comptant. Pour synthetiser ces di,·ers éll'.:ments,pour kur fournir des moyens d'action· et leur conquérir le pournir, il fall.iit trou,·er des ambitieux prèts à tout et qu'aucune besogne, si bmentahlc qu'dlc fùt, ne découragerait. On n'aurait pas trou,·é partout un j)lTSOnnel :i la h:iutcur d'une pareille tàche: en Algérie, où la politique est la grande industrie de rapport tt où ne se trouve pas toujours b fleur de~ pois, il était :iisé, pourn1 qu'on ne fùt pas très difficile, de rencontrer des politiciens à tout faire. Le parti opportuniste avait, depuis I 8ïo, envahi à peu près tous les postes: impitoyable pour ses adwrsaires, indulgent jusqu'à b complicité pour ses amis, Cûmpromis d.111sles fourbis les plus éhont~s, il a,·ait proYoque d'inexpi.1bles rancunes. Tous ceux qu'il aYait fait echouer dans les diverses élections ne lui p.udonnaient pas d'aYoir été condamnés i la diête forccc. Püur a\'oir, eux et leurs amis, leur p:irt de kous-kous et s'offrir cette danse du ,·entre dont les violons cot'1tent une centaine de millions :i la fiance, ils étaient prêts :i faire la guerre à tout et à tous, par tou les moyens et n fortiori aux Juifs qui ctaient les plus bibles et contre ksquels soufllait le YCnt. Ils s'et:iicnt sans doute d1:clarés philosémites de_puislongtemps : ils aYaient crié très fort: \'ivent les Juifs! mais le cri n'a,·ait plus d'echo et surtout eloicrné du kous-kous fumant et tentant. D'autres se " seraient tus et serre le Yentre : cc n'était point l':iflaire J'arri\·istes sans Yergogne et les voici du coup antijuifs militants et républicains ... cléricaux. De ces indignes palinodies et de ces alliances inavouables la preuYe a éte faite si souYent dans la presse et d:ins le liHe (1), et si eloquemment à la tribune de la Chambre qu'il nous parait fastidieux de rappeler une fois de plus le passl'.:politique de personnages dans le genre de t-..1. March:il ou Morinaud. li nous suffit pour faire notre analyse sociologique d'etablir que l'antisl'.:rnitisme algerien ne pouvait passer de (1) Yoir la collection des journaux algériens. Lenorm:rnd. Ouvrage cité, pages 25, et suivantes et le discours de ~!. Rouanet. Séance du 19 nui 1899.

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