LA REVUE SOCIALISTE Sans doute les idées cléricales ont été pendant fort longtemps inconnues dans la colonie : et, il y a encore une quinzaine d'années, on se montrait comme de Yéritables curiosités, dignes d'être exposées sous bocal dans un muséum, les quelques cléricaux effarés qui se glissaient par ci par là; et, en représentant l'Algérie comme le pays de la tolérance et de l'indifférence absolue en matiére religieuse, les antisémites espèrent profiter de l'ignorance où nous sommes des changements opéres là-bas sous l'influence des citoyens automatiques. Quand leurs citations ne sont pas expurgees, leurs déclarations sont antidatées : ils veulent nous faire prendre les croix de 1899 pour les bonnets phrygiens de r8jo. Passé, définitivement passé, le temps de la tolérance. L'Algérie est puissamment cléricalisée. Le clergé a très bien senti l'immense influence qu'il pouYait exercer sur cette masse d'étrangers, ignorants et superstitieux, et, trcs adroitement, tout en se tenant prudemment dans l'ombre, il a poussé au désordre qui dcsolc le pays et aux scrutins qui déconcertent la Metropole. Une partie importante et, detail considerable, la partie la plus jeune et la plus ardente du corps electoral, a épousé toutes les passions clericales, et par consequent elle était prête a suivre la politique de M. Drumont. L'Algérie, depuis quelques années, s'est cléricalisée, et dans la guerre civile qui la désole, l'anrn'.·e noire est comme partout a la tête du mouyement tournant qui doit, sous le drapeau de l'antisernitisme, envahir et détruire toutes les conquêtes républicaines. L'alliance du cléricalisme et de l'antisémitisme algérien est aussi incontestable que l'association de 11. Drumont et de M. Odelin, administrateur des jésuites. \'oulez-vousexpliquercommei1t une colonie libre-penseuse et même athée peut devenir intolérante an point de restaurer les forfaits des guerres de religion? Cherchez du côté des cléricaux et yous sentirez bien Yite les eifets de leur sourde et puissante propagande. Ils sont partout, et depuis 1889 ils ont pénétré secrcternent dans presque toutes les assemblees delibérantes à la faveur des naturalisés qu'ils ont fait élire. L'intolerance et les Yiolences de certains instituteurs naturalisés yous indignent; sachez que l'aumônier de l'école normale d'Alger est un compatriote de M. Régis Milano et qu'on n'a songe qu'en r897 à lui imposer la naturalisation. Pour mainteniï son influence sur les étrangers auxquels la civilisation française pourrait inoculer de pernicieuses théories, le cierge prêche dans les églises en italien, en espagnol, en allemand même. La plupart du temps les prêtres sont eux-mêmes d'oriaine étra11<1ère et on deYine en 0 0 > quel sens un clergé fanatique, élevé hors de France, échappant aux autorités épiscopales et gouvernementales, peut diriger des milliers d'électeurs ignorants et superstitieux restfs étroitement attachés à leur culte natif et sur lesquels il exerce une influence profonde. On les maintient aYec un soin jaloux à l'écart de tout contact français, et, à
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