LA NATURALISATIOK DES JUIFS ALGÉRIENS 275 recevoir directement l'ineffaçable et profonde impression : la sensation même de la patrie. Enfants, ils ont eu pour instituteurs des Algériens, formés dans les écoles normales d'Algérie par des professeurs qui ne peuvent guère eux-mêmes; dans une ambiance troublante et ardente, échapper complctement aux préjugés qu'ils ont mission de combattre et de détruire avec le plus grand soin chez leurs élèYes. Soldats, ils aYaient une occasion unique de voir la France et d'entrer en communication aYecleurs compatriotes. On les e1woie faire leur année de service militaire dans le département limitrophe du leur. Étudiants, ils pouYaient lier, avec leurs camarades métropolitains, ces amitiés inoubliables de la vingtième année, leur révéler l'Algérie Yéritable, recevoir un enseignement reellement supérieur dans cfe grandes Universités et purifiera sa source même ce patriotisme ardent, mais trouble et confus, que dcveloppe la vie coloniale. On leur a 11ennisde conquérir nu plus jmte prix et au plus prcs un minimum d'instruction professionnelle. On leur a ouvert des écoles somptueuses et coùteuses, vastes palais déserts sans p:issé et sans avenir, dont tel ou tel professeur recruté en partie sur place parmi les candidats ayant le plus de titres ... pol~tiques, a souvent donné, par ambition malsaine ou pusillanimité déplorable, le plus funeste exemple en participant dans les assemblées délibérantes aux mesures les plus haineuses, dans les cercles scolaires aux proscriptions les plus blf1mableset jusque dans la chaire aux polémiques les plus injurieuses contre les pouvoirs publics. Les voilà donc, - ouYriers ou bourgeois, - parfaitement préparés, ces Algériens, fils de Français, à conclure ayec les Africains, fils d'étrangers, ces alliances qui scandalisent :i. bon droit la minorité des Français nés en France et qui expliquent pourtailt les sympathies naturelles entre enfants <l'une même contrée, jointes à la cornmun:iuté d'intérêts, de passions, de préjugés, ainsi qu'à la coupable et dangereuse maladresse de la Métropole. Qu'on s'étonne maintenant du lamentable spectacle offert pendant -les derniers troubles d'Alger par la genJannerie recrutée sur place et les zouaves, presque tous d'origine algcrienne ... (,). Qu'on s'étonne Je ces deux faits particulicrement graves et qu'on n'aurait jamais constatés dans une ville peuplée de Français d'origine : le premier c'est la sympathie manifeste de la population à l'égard des perturbateurs, le second c'est le nombre inattendu de Français- 175 - arrêtés au cours des désordres et inférieur ù celui des étrangers. Qu'on soit surpris des idées rétrogrades et des sentiments (1) Voir dans le -livre de Lenormand, pages 68 et suivantes, des exemples typiques.
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