La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE étrangcre. Depuis 1866 la plèbe étrangère européenne passe de 91,228 individus à 227,503 en 1891. Pour s'élever actuellement, maJo-ré la funeste loi de 1889, à 274,929, y compris les naturalisés, 0 comment ces populations inférieures - espagnoles, maltaises, italiennes - n'auraient-elles pas exercé une influence déprimante sur ces Français algériens? Aujourd'hui la contamination des Algériens par les étrangers est devenue le mal le plus redoutable dont souffre l'Algérie. Aux préjugés ·de leurs pères ils ont joint aussi facilement qu'inconsciemment les violents défauts des arrières avec lesquels, par cette puissa·nte loi d'imitation sympathique à laquelle aucun être n'échappe, ils ont dû se mettre à l'unisson. Le Français algh·ien est encore, - il se croit toujours français. Qu'on laisse ce nivellement s'opérer, il ne sera bient6t plus qu'un métis. Toutefois si nous a\·ons le droit de manifester notre inquietude et nos tristesses, nous n'avons pas celui de blâmer les Algériens, encore moins celui de les accuser de trahison. « Nous les avons faits cc qu'ils sont, remarque fort justement à ce propos M. Lcnormand (r) et nous n'avons que ce que nous méritons : entre eux et nous, entre leurs violences et notre douceur, entre leurs reYendications haineuses et notre large tolérance, entre leurs Yisées de persécution, expulsion et confiscation, et notre i1wincible attachement aux principes de 89, il y a un désaccord profond, - mais c'est nous qui l'avons créé. De trcs bonne foi, la plupart d'entre eux affirment leur loyalisme bruyant et encore très sinccre. Mais par notre faute, ils ne pensent plus et 11e sentent plus comme nous. » \' oici une génération d'hommes issus de parents algériens : ils ne connaissent la France que par les livres (2). Sous l'influence de mariages mixtes, un certain nombre d'entre eux parlent italien ou espagnol. Tous ont été éleYés, ont grandi avec des étrangers nés dans la même commune qu'eux et qui se disent africai11s, ayant renié leur patrie d'origine sans adopter la nationalité française. Eh bien! non seulement Yous n'ayez rien fait; vous, gouvernement mé~ropolitain, pour conjurer le péril, mais vous avez accumulé fautes sur fautes. Je ne parle pas des lois impolitiques, des impots prématurés ou tarissant la source même de la prospérité coloniale, ni de la naturalisation accordée aux plus indignes. Mais vous avez tout organisé pour empêcher ces Français d'origine ... algérienne, qui n'ont plus en France ni famille, ni intérêts, de (1) J. Lenornund. Le Péril Etrauger, pages 62 et suivantes. (2) M. Rouanet a révélé ce détail frappant : il se vend plus de livres français e:1 All~n.agne qu'en Algérie.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==