LA REVUE SOCIALISTE des superstitions religieuses absolument différentes de l'état d'esprit religieux français. (Applaudissementssur plusieurs bancs.) M. CHARLESBERNARD.- \'ous faites l'éloge du clergé français. M. GUSTA\'E RoUAKET. - Je n'ai pas à faire l'éloge du clergé français; je constate seulement que dans tout pays le clergé quel qu'il soit, malgré l'unité dogmatique de l'église catholique, m:1lgré son orthodoxie une et indivisible, représente néanmoins le génie religieux particulier à chaque pays; et de même que le clergé américain, il est tout naturel que le clergé espagnol et italien ne soit pas le 111.'.:mqeue le clergé français. ( foterruptio11s.) li y a en Algérie non seulement des instituteurs étrangers, mais même un clergé étranger qui n'est pas complètement dans la main du clergé français. Je sais que, par exemple, la congrégation des Salésiens de Dom Bosco a souvent outrepassé les instructions qui lui sont données par l'autorité diocésaine française, et bien des fois même elle n'en tient aucun compte. Tout cela crée, je le répète, une mentalité peu française; et un professeur qui a passé, lui aussi, par la crise pathologique de l'antisémitisme et qui recule aujourd'hui devant son œuvre, le constatait récemment dans ces tenrn.:s que je vous demande la permission de faire passr::r sous vos yeux. « li n'est pas rare de voir, dans une même famille, le père républicain éprouvé et le fils régistérique. Pauvre jeunesse algérienne! Combien on a abusé de sa naïve inexpérience, comme on a surpris ~a bonne foi! « Cette jeunesse algérienne est victime en ce moment de deux lacunes dans son éducation. « D'abord elle n'a point n1 Li France, ou elle ne l'a vue que par instants. La France ne fut pas pour elle L1 mère près de qui on vit pendant la période de croissance, dont on prend instincti,·ement les manières et les idées. Li! France est pour elle une parente un peu éloignée, dont elle a ouï parler souvent, qu'elle aime à coup sùr, mais dont elle ne comprend pas bien les thcories, dont elle n'entend pas bien le son de voix. « Cette constatation est assurément pénible pour nous, qui sommes un vieil Algérien, mais il faut la faire tout de même. Mettez en face l'un de l'amre un jeune homme de dix-huit ou vingt ans venant de France et un du même âge élevé en Algérie; écoutez-les traiter quelque question de politique, de religion, de philosophie, d'histoire; entendez-les parler de leur rêve d'avenir, de leur conception de L1 vie. Entendez l'un et l'autre, il y a un abîme. « Chez le jeun<.: Algérien, vous const.:terez un aplomb, un sans-gêne nrrogant, une absence complète d'idéalisme, un scepticisme précoce, qui peuvent avoir du bon pour la conduite des affJires, mais qui ne sont pas toujours des Yertus. << L'Aigérien ne lit pas, et c'est là un grand mall,ieur. Elève de nos lycées et de nos écoles, il se contente d'apprendre des manuels pour un jour d'examen; il ne sait rien des œuYres de nos grands penseurs du siècle dernier et du siècle prèsent; il ne les connaît que par de vagues et courts extraits. Il ne vibre pas ù la lecture des chefs-d'œune de notre littérature; il les étudie et les apprend par cœur, comme des formules de chimie ou d'algèbre, mais ils ne parlent pas il son âme et n'alimentent point son esprit.
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