La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA NATURALISATION DES JUIFS ALGÉR!El-/S 27r • 1899, à ces derniéres années, à 1894, à 1895, à 1896 pour voir aflîcher les théories violentes, étranges, implacables que l'antisémitisme algérien a affichées. Pourquoi cela?>> Et alors, aYec un tact et une perspicacité frappante et décisive, :\1. Rouanet découvre et met pleinement en lurniére la cause déterminante de ce curieux phénomène physiologique. Ah I ici, continue l'orateur, j'aborde un terrain très délicat; je demande à la Chambre toute son attention et je lui demande en même temps de me laisser dire très franchement toute ma pensée. Je le ferai modérément, mais je veux dire tout ce que je pense dans l'ordre d'idées que je vais aborder. Si en 1893, 1894, 1895, l'antisémitisme algérien a pris la forme violente, barbare, que nous lui avons vu prendre à cette tribune, c'est parce que le milieu algérien où il avait pris naissance s'était lui-même complètement . modifié, c'est parce que l'Algérie de 1895 et 1898, l'Algérie d'aujourd'hui, n'est plus du tout l'Algérie de 1870. La mentalité française existant encore en 1870 s'est lentement métamorphosée, l'esprit français qui l'animait jadis ·est allé s'altérant de plus en plus sous l'affluence de populations inférieures, d'Espagnols, de Maltais, d'ltaliens. (Assmti111mt.) La rive méditerranéenne africaine est devenue, comme il y a cinq siècles, l'exutoire de tout le bassin de la Méditerranée, et nous avons contribué, de notre côté, à cette formation d'éléments sociaux hétérogènes, parce que nous avons commis la faute énorme de laisser se rompre les mailles les plus indispensables à la chaîne des traditions et des communications intellectuelles de l'Algérie avec la France. Nous arnns créé des écoles supérieures, organisé le recrutement sur place d'un personnel d'instituteurs, de professeurs m0me qui ont donné aux futures classes dirigeantes d'Algérie une éducation qui n'était plus du tout une éducation française. (Appla11disse111màtsgauche, ù. l'extré111geauche et sur divers ba11casu cwtre.) M. DuQUESNAY.- C'est toute la question coloniale. M. GusTA\'E RoUANET. - Cela est reconnu aujourd'hui par quiconque pense et réfléchit sérieusement sur l'état mental étrange que révèlent les manifestations actuelles de l'Algérie. Je ne m'effraie pas beaucoup du péril étranger; ce qui m'épouvante, ce n'est pas l'affluence d'Espagnols et d'Italiens, c'est que ces Espagnols et ces Italiens, quoi qu'en dise M. Morinaud, gardent leur langue et pénètrent nos compatriotes d'Algérie de leur esprit et même de leurs mœurs; ce qui m'effraie, c'est par exemple, qu'à Oran on ne dise plus : « les fêtes de Pàques », mais la « Mou na ", qui est une expression espagnole; ce qui m'effraie, c'est qu'il y a des villages entiers où l'on parle espagnol; ce qui m'effraie, c'est que M. Morinaud a été obligé de convenir qu'on ne devait plus laisser prêcher en langue espagnole; - car il n'y a pas seulement là-bas des instituteurs espagnols, il y a encore des prêtres espagnols; or, je le dis à l'honneur du clergé français, les prêtres espagnols ou italiens apportent sur le sol.algérien, je ne dirai pas des idées dogmatiques différentes, mais des croyances, une interprétation dogmatique, des formules religieuses,

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