La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

2ï0 LA REVUE SOCIALISTE ---------------------- supériorité que ses mcrites ne lui donnent pas et à l'affirmer avec d'autant plus de ,·iolencc qu'il la sait moins justifiée et moins volon· taircment subie. Comme le note très justement un sociologiste contemporain, « une sorte de féodalité se constitue aux colonies et les nouwaux seigneurs sont plus conYaincus que ceux de l'ancien régime de la supériorité de leur sang. La déclaration des droits de l'homme n'est pas un article d'exportation : cette thése est juste si elle signifie que ks Hovas et les Soudanais ne sont pas dignes d'être électeurs; clic est fausse si elle signifie que les Hovas et les Soudanais sont indignes d'un traitement humain. Or, c'est le second sens qu'on leur donne aux colonies; on fait peu de cas de la vie d'un « sauvage »; en le tuant, on ne se croit pas criminel, ou bien on s'accorde toutes sortes de circonstances atténuantes : « le premier des indigènes n'estil pas infcrieur :lll dernier des Européens? » On voit qu'aux colonies, si Ll volonté deyient plus âpre, clic ne devient pas nécessairement plus juste (1). Cette formule, reprise récemment en plein trib1111al de T1111pisar 1111 avocat distingué, exprime une idce courante en Algérie ou personne ne se gêne pour dire que le sang des 40,000 Juifs autochtones ne ,·aut pas une goutte de sang français. En même temps, par une autre conséquènce, la vie coloniale a pour effet inéluctable la disparition de l'esprit national primitif sous l'influence de l'imitation, surtout quand l'immigré risque d'être noyé dans le flot des indigénes; il tend fatalement à prendre les passions et les préjugés, touiours plus faciles à. imiter que les Yertus, <le la population la plus nombreuse. Orle musulman, l'Arabe ,·ainqueur méprisait le Juif; et le colon se serait cru inférieur au musulman s'il n'a,·ait pas cédé aux mêmes préventions. Il va sans dire aussi qu'il ne suffit pas de traYerser la mer pour être immunisé contre le virus héréditaire du fanatisme inoculé depuis des siècles aux peuples déchaînés par le papisme contre les « bourreaux du Christ >>. Ajoutez l'ignorance, l'extrême misère ou la richesse enviée, l'excessiYe humilité, le parler barbare, l'esprit superstitieux et le costume oriental du Juif indigène de 1830 et vous comprendrez comment le colon français dcnit naturellement dédaigner « les vieux turbans >>. Mais, à l'exception de quelques maitres-chanteurs ou cerveaux brùlés, le Français d'Algérie, encore tout pénétré des idées et des sentiments de la mère-patrie, s'en tenait à un antisémitisme railleur et bon enfant qui se manifestait par quelques parodies en sabir, quelques familiarités brusques et certaines gouailleries rnltairiennes. li faut« arriver, comme l'a très bien noté M. Rouanet dans son magistral discours du 19 mai (1) P,1ul Lapie. La justice par l'lllal, page 145.

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