LA FRANCE o'AUJOURD'm:, ET SA RÉVOLUTION ~!ORALE 267 dreyfusards à quelque acte de violence; mais ils n'ont eu recours qu'à des armes morales, et c'est un beau spectacle de voir la France reconquérant au bout de cent ans par la seule puissance de l'esprit les grands principes que la premiére révolution avait perdus en <le\'enant sanguinaire. En terminant, je veux fixer \'Otre attention sur un fait important. Cette révolution morale, ceux qui l'ont suscitée, qui l'ont dirigée, qui l'ont conduite à la victoire, ce sont des libre-penseurs. Dans son admirable Histoire de la libre-peusée, John-M. Robertson montre que chez toutes les races, dans tous les temps, il s'est trouvé des hommes pour penser par eux-mêmes et s'attacher à ce qu'ils croyaient être vrai, bravant les préjugés et les menaces <lessystémcs consacr<'.-s.Prenez d:rns son ensemble chacune de ces progressions d'idées: au fond de toute hérésie, vous observerez un effort pour introduire dans la doctrine religieuse quelque nrtu purement humaine au lieu d'une soi-disant« sainteté » divine, - divine, mais pas du tout morale, car clic n'est qu'un concept métaphysique prétendant sauver la majesté de Dieu en l'isolant de la réalité des choses. Cette tendance morale avait abouti des le premier siécle de notre ére :\un christianisme pur qui ne vécut que peu d'années, étouffé qu'il fut par une restauration :\ la fois judaïque et païenne.La première idée de la Résurrection etait tlè mettre un homme parfait, Jésus, à la place de Jupiter et de Jéhovah. Parce qu'il était parfait, parce qu'il avait triomphé des tentations et des assauts du diable par la seule force de sa pureté, de la candeur d'une nature humaine immaculée, le diable n'avait pu le retenir; il avait brisé les liens de la mort; il avait prouvé la puissance qu'a la vertu humaine de parfaire l'immortalité: telle fut pour eux l:i portée de la déification de Jésus. Il était réservé aux libre-penseurs de France de retrouver le sens profond de cet évangile perdu. La campagne contre le militarisme, cc sont, du moins pour une l:nge part, des libre-penseurs de marque qui la conduisent, des hommes qui ont publié de fortes œuvres contre les dogmes fondamentaux du christianisme. Les adYersaires ont compris, . et ils font le diable. Oui, c'est bien comme le diable qu'ils luttent, cc diable des vieux temps que leurs liHes saints appellent« le Malin», - cc )'Ennemi », - « l'Accusateur des fréres », - << le Maudit », - « Le Pére du Mensonge», - Le Prince des Ténébres ». Je soupçonne qu'ils obéissaient à quelque obscur sentiment du maitre qu'ils servent quand ils ont choisi l'Ile du Diable pour en faire le tombeau d'un malheureux capitaine israélite. Mais la pierre du sépulcre a été roulée; elle l'a été par les libre-penseurs sans le secours d'aucune arme charnelle, par la force, purement humaine, de la raison, de la vérité, de la justice et de la c~nscience. Je répcte que je ne connais rien dans l'histoire de comparable.
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