La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

266 LA REVUE SOCIALISTE plein jour cette Yerité que l'honneur militaire a ses racines dans ce gui est un déshonneur pour l'humanité. Récemment, à Londres, dans une assemblée de femmes réunie en faveur de la paix, i'\1. Ireland, archevêque catholique américain, a déclaré qu'une nation peut aYoir à combattre « pour son honneur». Qu'est-cc à dire? L'honneur est-il attaché à la fabrication d'un fusil plus meurtrier que les autres? Une nation est-elle d'autant plus digne d'être honorée qu'elle se montre plus experte dans l'art de la boucherie? Toute guerre oü une contrée ne defend pas son existence -- et une telle eYentualité ne se pn.:sente pas pour les grands pays - n'est qu'un meurtre organise. La lutte actuelle n'est pas, comme le prétend Brunctierc, entre l.1 république et l'arm<'.:c;elle est entre la guerre et la civilisation. J'ai dit que la France accomplit en cc moment une révolution morale. Les eYéncmcnts du siecle dernier ont associé au mot révol11tio11 l'idée du sang répandu. Mais les premiers réformateurs de la constitution, ces grands hommes qui commcncércnt la Ré\'olution française, étaient bien eloignes d'une semblable idée. S'ils Youlaicnt une réYolution, ils la \'Otilaicnt pacifique. Ils proclamaient les Droits de l'bo111111e et le roi lui-même s'éclipsait devant l'eclatante aurore de la Liberté et de l'Égalite. A cc moment, :\ Londres, Thomas Payne plaçait le gouvernement .111glaisentre deux altcrnatiYcs: une ré\'olution sanglante comme en Amérique, ou une révolution pacifique comme en France. Hélas, cc moment fut court. La Ré\'olution française prit l'épee, et clic périt par l'épce. La faute n'en fut pas tant aux réYolutionnaires qu'au~ monarchies liguccs pour étouffer la rcpubliquc au berceau. Cc sont elles, les monarchies, qui suscitèrent Bonaparte pour di'.:truirela république, et se trouYèrent aYoir dcchainc apollon qui inonda l'Europe de sang. Et je note en passant nn signe du temps, vraiment bien remarquable : dans l'aflaire actuelle, les monarques et les nations monarchiques sont du côté des rcpublicains de France, et contre ce même militarisme qu'ils ont imposé à la France au siècle dernier. La situation est renversee. Ce sont les républicains qui i1woqucnt le Ycrdict des peuples du dehors, et ce sont les royalistes français qui dcnonccnt et outragent toutes les nations parce que celles-ci reconnaissent l'innocence de la victime du milit:.1rismc.Voilà le chemin que l'Europe a fait en un siècle. RéAcchissez à cela, et arrivez à la conclusion que sous les formes dinrscs <legom·erncmcnt se poursuit un travail qui prépare la république au monde civilisé. La presente rholution en France est une reYolution morale parce que, prenant au dernier siècle la Déclaralio11des droits de l'bomme, elle l'a transportce d'une banniere sanglante à une bannière jusqu'ici sans tache. L'on n'a pas ménagé les tcntati,·es pour pousser les vaillants

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