La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA FRAKCE D'AUJOURD'I-IUI ET SA RÉVOLUTION MORALE 265 hommes que l'on considerait comme décidés a liquider le passé, à poursuiHe quelques-uns au moins des crimes qui ont fait jaillir au monde entier un cri de réprobation. Feront-ils t,oute la besogne? Il ne faut pas s'y attendre. li y aura des compromis. Quelques coupables échapperont. N'importe : le vieux. systéme militaire ira désormais en déclinant. Le principe de l'autorité fondée sur la force d'une part et un respect superstitieux de l'autre a reçu le coup mortel. Sur la nature de la loi, la ,·alcur des témoignages et des preu\"es, les garanties que présente une exacte procédure, la nation française en a plus appris en deux ans qu'elle n'avait fait auparavant en deux siécles. Elles ont, ces deux annces, mis à nu l'essence du militarisme, et plus a,·ancé l'œuvre de paix que tous les congres de diplomates. L'on sait maintenant que le militarisme est une école d'arbitraire et d'injustice; que les vertus militaires sont des Yices ciYiques; que le premier devoir que le militarisme enseigne est une obl'.:issance abjecte, une soumission d'esclave, sans acception de bien ni de mal, au sein d'une civilisation dont l'objet est de développer dans chaque être la faculté de penser, l'indépendance de l'esprit, la loyauté du caractére. On parle beaucoup d'honneur dans l'armée. Mais l'honneur, au sens militaire, est quelque chose <l'assezbas. Beaucoup de soldats, fort heureusement, n'y raYalent pas leur conception de la ,·ie. L'honneur militaire? c'est l'honneur -des coqs de combat. Il se conquiert par le succés, non par la justice. Chanter victoire sur un adYersaire renversé, \·oilà l'honneur militaire. Une enquête militaire, suscitl'.:e par l'aflaire Dreyfus, a réYélé qu'un •officier supérieur commanditait une maison infâme; le fait n'était pas contesté; le tribunal militaire déclara qu'il n'ayait pas été ainsi forfait à l'honneur militaire. Et l'officier injustement condamné, torturé deux. ans durant sous un ciel de feu, il a fallu le ramener à la dérobée; on craignait pour lui ceux sur la tête desquels retombe son innocence; ces champions de l'armée et de son honneur ont le meurtre dans le cœur. Que ces scandales aient éclatl'.:en France, cela ne veut pas dire qu'ils n'existent que là. Seulement, en France l'honneur républicain - un véritable honneur celui-là - a saisi le flambeau de la ;-érité; il a porté une implacable lumicre dans les noires retraites où grandissait le monstre prêt à étouffer la République. Elle se tournera, cette flamme ;-évélatrice, sur d'autres contrées. Et le jour Yiendra où, les consciences étant éclairées par elle, les établissements militaires apparaîtront ce qu'ils sont, meurtriers, antisociaux, antihumains. Ce sera la gloire de la Fra11ce dans l'histoire du monde d'a\"Oir, au prix de sa propre humiliation et malgré tout l'effort de ses gouvernants, mis au

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