La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE habitants a la même puissance législative que les millions d'habitants <le l'État de 1cw-York ou de celui <le Pcnsylvanie (r). Quelques hommes rudes, :'t peine dégrossis, relégués i notre frontière, entraînent en ce moment toute l'Amérique dans des guerres abominables, et cela contre le YCl!U de la grande majorité <lu pays. L'Angleterre, que Tennyson appelait une république couronnée, est peut-être la contrée qui se rapproche le plus de la république idéale. La condition essentielle d'exis,cnce d'une république est que chaque citoyen s'occupe d'elle, concoure à la diriger, à y garantir à tous les habitants les bienfaits de l'égalité et de la justice (2). Cette égalité <le droits, la loi en France la reconnaît bien à chaclln, mais l'autocratie militaire, qui trône au-dessus de la loi, la refuse à Dreyfus. Et pour l'assurer à ce seul homme, gui appartient à une race irnpopul,1ire, il s'est trom·é une poignée de républicains, hommes de pensée et de justice, qui ont réuni leurs efforts. Ils n'avaient pas d'autre arme que leur plume et leur parole; pas d'autre forteresse que la vérité. Mais ils ont déployé une telle ardeur, une telle intelligence, qu'ils ont fini par prendre la direction des événements, enlevée aux officiers et aux gouvernants. Et cela s'est accompli par l'action de simples citoyens. Notez cc fait: il est unique dans l'histoire de l'humanité. Ce fut <l'abord un auteur dramatique assez obscur, Bernard Lazare, qui dénonça l'injustice commise. Puis, le magnanime Zola prit la cause en main. Puis, l'un aprés l'autre, des écrivains indépendants se prononcércnt. Enfin le Figaro entra en lice, le Figaro qui, en se procurant les documents de l'enquête et en les publiant à la face du monde, imposa pour ainsi dire la sentence de la Cour de Cassation. Il est permis de croire que, sans cette publication, jamais ces documents n'eussent été connus. Le gou\·crnement les connaissait, lui, il les connaissait tous dés l'an dernier, et pas un de ceux qu'ils accusent n'avait été inquiété. Cette publication du Figaro, pour laquelle le Figaro a été condamné, a arraché l'aveu au véritable traître, mis en déroute les machinations gouvernementales, et remplacé les ministres par des (r) La Ch.1mbre des représentants est bien composce proportionnellement à la population, mais le Sénat, où chaque État, quel que soit le nombre de ses habitants, a le mëme nombre de délégués, exerce son contrôle sur toute décision prise par la Chambre, sans exception aucune, si bien que la volonté de la majorité du peuple est toujours exposée il être tenue en échec par un vote sénatorial. (Note de l'a11te11r.) (2) L',rnteur se rencontre ici ayec Montesquieu quand celui-ci dit que le ressort d'une république démocratique est la vertu, ce qui a été si mal compris. Montesquieu lui-même avait eu soin cepend.rnt d'expliquer qu'il ne s'agit ici ni de vertu morale, ni de vertu chrétienne, mais d'une vertu politique. « J'ai appelé '1--erlll, dit-il, l'amour de la patrie et de l'é·galité. » C'est ce que nous appellerions aujourd1rni l'esprit public, et et c'est ce que définit très justement M. Conw.1y. (Note dn trnd11cleur.)

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