La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE population vaquait joyeusement aux préparatifs de la grande Expoposition de r 900. Il est important de dire ici- le fait résulte d'enquêtes auxquelles je me suis liné - que si, dans l'armée, la majorité s'entêtait contre la revision, si le clergé presque en entier s'y opposait, un nombre considérable d'officiers, parmi ceux qui avaient reçu la meilleure éducation, étaient prêts à dire la vérité (pour autant au moins que les règlements militaires le leur permettraient), et un nombre également considérable de catholiques pratiquants laïques protestaient contre b situation que faisaient à l'Église ses représentants officiels. Mais ces officiers consciencieux et ces citoyens amis de la justice n'ont pas eu une influence suffisante pour empêcher l'agrégation progressive de toutes les forces hostiles à la République. Celles-ci ont été aveuglées au point de jouer leur va-tout sur la culpabilité d'un Juif aujourd'hui démontré innocent. Cc qui reste d'aristocratie reconnue en France se concentre dans le haut monde militaire. Les familles en possession de titres, le flot des parvenus qui aspirent :\ la bonne société, les snobs, tous ces gens-là sont antidrcyfusards. Rcncontrcz-Yous une comtesse, ou quelque femme à la mode, il y a des chances pour qu'elle vous dise : « \'ous n'êtes pas dreyfusard, j'espère?>) Quant aux pièces du proccs, elle n'a pas poussé la vulgarité jusqu'à les lire. Aux gens de bon ton, joignez les partis politiques. Les impérialistes mettaient leur enjeu sur la culpabilité, les royalistes aussi, également les éYêqucs, et enfin le pape lui-même. Tous ces enjeux se trouYaient perdus par l'arrêt de l:i Cour de Cassation, affiché dans les 36,000 communes de France. Seulement ces enjeux sont trop forts pour être payés. Souvenez-vous du grand incendie de Boston. Les pertes furent si colossales que les , Compagnies d'assurances ne purent pas racheter leurs polices, tout leur aYoir, l'eùt-on grossi de toute la fortune de leurs actionnaires, ne suffisant pas à comTir un dommage sans précédent. La reconnaissance de l'innocence de Dreyfus implique une telle ruine de réputations, une telle flétrissur(à tant d'altieres familles, une telle humiliation pour l'autoritc militaire, un tel effondrement des influences cléricales qu'il est impossible que la ligue nouvelle, formée par toutes ces autorités sociales compromises, mette bas les armes, impossible qu'elle admette l'erreur commise en 189--1-. D'aprés une vieille légende hindoue, deux grands rois, jouant aux des, jouérent leurs royaumes sur un seul coup; le perdant abondonna son palais et son empire, et s'en alla mourir de faim avec sa famille dans la forêt prochaine. \'oilà une histoire bonne pour les hommes d'il y a dix mille ans. Encore fallut-il la mettre en poésie, et ajouter, pour qu'elle fùt acceptable, que, si le roi fut assez honnête

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