La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA FRA;\CE o' AL"JOLïW'1rnr ET SA Rl"::\"OLL'TION MORALE 26 [ su1v1, se trouvait pris. Comment en effet les ministres d'alors pourraient-ils se défendre, sinon Je connivence a,·ec les conspirateurs militaires, au moins d'une négligence criminelle? Quand les ttrribles preuves commencèrent:\ apparaitre, la terreur régna en France. Officiers et hommes d'État, couµablcs ou comµlicL:s, se trouYércnt engagés dans un combat mortel contre la justice et la conscience de la Réµubliquc. Pour se sauYcr eux-mêmes, ils furent contraints - oui, contraints - à des stratagémes que l'opinion peut excuser, sous couleur de patriotisme, quand on y a recours contre des ennemis, mais qui sont de simples actes Je félonie lorsqu'ils sont dirigés contre la patrie et contre des compagnons d'armes. Le premier stratagème, celui qui commença le régne de la terreur, consista à déclarer que la reYision llu procès de Dreyfus entrainerait des révélations cxtraorJinaircs, que cdles-ci auraient les plusgraYes conséquences, créeraient dt:s complications diplomatiques, amèneraient peut-être la guerre 1:ntre la Fr:rncc et l'Allemagne. C'était un monstrueux mensonge. Les documents les plus secrets, les faits les plus ignorés ont été mis au jour : d'aucun d'eux ue pouYait naître aucune complication, aucun péril. Les meilleurs citoyens demandercnt si en France la loi allait être paralysée par la crainte de l'Allemagne. Et ainsi ce moyen échoua. On en inYenta un autre. Tous les grands commandants militaires donneraient leur démission; l'armée restt:rait sans chefs et la nation sans appui; ce serait l'anarchie. Oh! cc ne fut qu'une insinuation, mais des agitateurs répandirent cc bruit, ne semblant pas se douter qu'ils imputaient ainsi aux protecteurs professionnels de la francc la plus basse trahison. Peu d'officiers sans doute (ussent descendus jusque-là, mais il semble bien qu'il y 1:n eut quelques-uns, et parmi les principaux, qui, sous la pression de leur épou,·antc personnelle, ne répugnaient pas à tenter un coup d'J~tat contre la République. l\-la conviction est qu'à un moment on e1wisagca sérieusement l'é,·entualit<'.: d'un coup de force. Une import:rnte grcvc d'ounicrs a\'ait fourni le prétexte d'amener dans la capitale une troupe nombreuse. Le gouverneur de Paris était un ad\'ersaire farouche de la reYision. C'étaient des appuis sérieux. Mais le massacre que le coup d'Etat impliquait se heurtait à Jivers obstacles. li ne pouYait être utile aux officiers qu'autant qu'un d'eux serait fait dictateur. Or, le président d'alors, Félix Faure, était aYec eux; il était de moitié dans toutes leurs manœuvres contre Dreyfus : comment le jeter à bas? C'était une premiere difficulté. Une seconde Yenait de la debilit<'.:intellectuelle des conspirateur_s; pas un d'eux qui eùt assez de cerwlle pour être un chef. La tranquillité générale faisait un troisième embarras; l'on était en pleine prospérité; l'hiver était doux : ni glace, ni neige; la

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