260 LA REVUE SOCIALISTE damnation, en dépit de l'arrêt rendu par la Cour suprême à l'unanimité de quarante-neuf conseillers. Cc n'est qu'une loi récente, la prcmiére due à l'affaire Dreyfus, qui a assuré aux accusés devant le conseil de guerre les mêmes garanties de dUcnse qu'ont les accusés de\'ant un tribunal civil. Cc qui subsiste du moyen-ùgc déclare que la « chose jugée » est sacrée. Jugée par un conseil de guerre, bien entendu. Les décisions émanant de toute antre juridiction n'ont pas cet auguste caractère: la Cour de Cassation est là pour les rectifier. Le respect religieux est réser\'é aux arn'.:ts d'une Cour martiale, c'est-à-dire d'une Cour qu'inspire le dieu i\!ars. i\!alheureusement, la loi exige que même un jugement du dieu i\!ars puisse sous certaines circonstances être contrôlç par la Cour suprême. D'où l:i demande de revision. Furieuse opposition! « >Jous ne voulons pas que le proccs Dreyfus soit rcvisé ! ,, ~'était-ce pas déj,\ un aYeu? Si la conscience des grands chefs eùt étl nette, si leur co,wiction de la culpabilité de Dreyfus ne laissait place ù aucun doute, pourquoi n'aYoir pas accepté la rcvision? N'était-cc pas une occ.1sion admirable Je donner une preu,·c nouYelle de l'infaillibilité des conseils de guerre? La Cour de cassation n'côtellc pas été heureuse de renforcer la confiance du pays dans une juridiction de\'ant L1quellc chaque citoyen français peut être appelé à comparaitre~ Mais le prestige militaire <.'.:taeitn cause (p"rrslige, du latin prœsligfà', fiction, jongleries), et c'est cc que l'on a un peu oublié. Dans des contrées où l'armée forme une ciste à part, séparée de la Yie industrielle, on ne s'est p;1s assez re11du compte qu'en France le soldat n'est pas détaché des siens, que chaque famille y est donc animée d'un naturel et ,·éhémcnt désir de ne pas perdre sa confiance en ceux qui commamlcnt :\ ses fils. :-:ombre de mes amis, tant anglais qu'américains, m' écri ,·cnt et s'étonnent. Cornment cst-i I possi bic, disent-ils, que le peuple françai~ et ses représentants aient si longtemps soutenu leurs autoritL'S rnilit;1ircs, qu'ils aient persisté à les soutenir même après la décom-crte, même aprés l'a,·cu, des attentats commis par quelques-une~ de ces autorités? Voyez-Yous, mes amis, c'est une chose dure, pour une nation de quarante millions d'hommes. d'accepter que les chefs de son armée sont ou des incapables ou des criminels. C'est une chose épou\'antable pour les pcrcs et les mères d'acquérir la COll\'iction que ceux qui ont sur leurs fils un pou\'oir de vie ou de mort ignorent le~ principes élémentaires de la justice, et qu'une sorte d'insensibilite professionnelle <'.:touffen eux l'humanité. }.lais cc n'ètait pas tout. Les chefs militaires n'étaient pas les seuls que mit en cause la rcvision du procés. Le gouYcrncmcnt qui détenait le pou \'Oir en r 894, lorsq uc l'infortuné Dreyfus fut pour-
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