La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOC[AL!STE comme dit Kant; c'est ainsi que s'il livre de la camelote, il exige d'être payé en argent fin (r). La bourgeoisie, si elle ne maintient sa dictature de classe que par la force brutale, a besoin pour assoupir l'énergie ré\'Olutionnaire des classes opprimées de faire croire que son ordre social est la réalisation aussi parfaite que possible des principes éternels qui ornent la philosophie libérale et que Socrate et Platon anient en partie formulés plus de quatre siecles avant Jésus-Christ. La morale religieuse n'échappe pas à cette fatale contradiction : si la plus haute formule du christianisme est « aimez-vous les uns les autres », les Églises chrétiennes, pour achalander leurs boutiques, ne songent qu'à convertir par le fer et le feu les hérétiques, afin de les sauver, assurent-elles, des feux éternels de l'enfer. Le milieu social barbare, qu'engendraient la guerre et le communisme du clan, arriYait à tendre jusqu'a leur extrême limite les nobles qualités de l'être humain, la force physique, le courage, le stoïcisme moral, le dévouement corps et biens à la communauté, à la cité; le milieu social bourgeois, basé sur la propriété individuelle et la production marchande, érige au contraire en vertus cardinales, les pires qualités de l'âme humaine, l'égoïsme, l'hypocrisie, l'intrigue, la rouerie et la filouterie (2). La morale bourgeoise, bien que Platon prétend~ qu'elle descend du haut des cieux et qu'elle plane au-dessus des vils interêts, reflète si modestement la Yulgaire réalité, que les sophistes au lieu de forger un mot nouveau pour désigner le principe, qui selon Victor Cousin, qui s'y connaît, est « la morale tout entière », prirent le mot courant et le nommèrent le Bien : to agatbo11. Lorsque l'iMal chrétien se formula à (r) Les païens n'essayaient pas <le deguiser la ,·érité et mettaient le commerce sous le patronage de Mercure, le Dieu des voleurs. Les catholiques sont plus jésuites; les ordres religieux qui ne se consacrent exclusivement à la captation d'héritages font du commerce et de l'industrie leur principale et même unique occupation, quoiqu'ils prétendent n'adorer qu'un Dieu pur de tout mensonge et innocent de toute fraude. Le premier acte de la bourgeoisie capitaliste arrivant au pouvoir en 1789 fut de proclamer la liberté du vol, en débarrassant le comn\ercc et l'industrie de tout contrôle. Les maitres de métier du Moyen-Age, ne travaillant que pour le marché local, pour des voisins, avaient établi un sévère contrôle de la production : les syndics <les corporations étaient autorisés a entrer a toute heure dans les ateliers afin d'examiner la matière première et la manière dont elle était ouvrée; pour faciliter leur inspection, les portes et les fenêtres de l'atelier restaient ouvertes pendant le travail : les artisans du Moyen-Age opéraient litteralement sous les yeux <lu public. Les objets, avant d'être mis en vente, contrôlés par les syndics etaient marqués d'un plomb ou de tout autre signe, attestant que la corporation se portait garaht de leur bonne qualité. Ce contrôle incessant, qui gênait et comprimait l'essor du génie voleur de la bourgeoisie capitaliste, était un <le ses plus sérieux griefs contre les corporations. (2) Les écrivains bourgeois ont l'habitude de charger de tous les Yices de la civilisation les sau,·ages et les barba~es, que les capitalistes volent, exploitent et exterminent, sous prétexte de les civiliser et ce sont eux qui les corrompent physiquement et moralement a,·ec l'alcool, la syphilis, la Bible, le travail forcé et le commerce. Les premiers voyageurs, qui Yiennent eo contact avec des peuplades sauvages, non

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