La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOC[ALISTE III L'IDÉAL ~!ORAL BOCRGEOIS L'idbl héroïque, simpliste et logique, rcflc'.:taitdans la pensée la réalité ambi:111te, sans déguisements et sans déformations; il érigeait en prerniéres Ycrtusde l'âme humaine les qualités physiques et morales que devaient posséder les héros barbares pour conquérir et conserver les biens matériels qui les classaient parmi les premiers citoyens et les heureux de la terre. La réalité de la naissante société démocratique bourgeoise ne correspondait plus à cet idéal. Les richesses, les honneurs et les jouissances n'étaient plus le prix de la valeur et des autres Yertus héroïques, pas plus que dans notre société capitaliste b propriété n'est la récompense du traYail, de l'ordre et de l'économie. Cependant les richesses continuaient toujours à être le but de l'actiYité humaine, et même elles deYenaient de plus en plus son but unique et suprême: pour atteindre cc but si ardemment convoité, il ne fallait plus mettre en action les qualités héroïques autrefois si prisées; mais comme la nature humaine ne s'était point dépouillée de ces qualités, bien que dans les nouvelles conditions sociales elles fussent deYcnues inutiles et même nuisibles « pour faire son chemin dans la vie», et comme elles devenaient da_ns les républiques antiques des causes de trouble et de guerre civile, il était urgent de les dompter et de les domestiquer en leur donnant une satisfaction plato11iq11e, afin de les utiliser à la prospérité et à la conserYation du nouvel ordre social. Les sophistes entreprirent la besogne. Les uns, comme les Cyrénaïques, n'essayant pas de déguiser la rcalité, reconnurent carrément et proclamerent hautement que la possession des richesses était « le souverain bien » et que les jouissances physiques et intellectuelles qu'elles procurent étaient« la dernière fin de l'homme». lis professerent hardiment l'art de les conquérir par tous les moyens licites et illicites, et d'échapper aux désagréables conséquences que pouvaient entraîner la maladroite violation des lois et des coutumes. - D'autres sophistes, tels que les cyniques et beaucoup de stoïciens, en révolte ouverte contre les lois et les coutumes, Youlurent retourner à l'état présocial et « Yivre selon la nature »; ils affichércnt le mépris des richesses, « le sage seul est riche », clamaient-ils avec ostentation: mais ce dédain pour les biens hors de leur prise était en trop choquante opposition a\'cc le train du jour et le sentiment général et souYent trop déclamatoire pour être pris en sérieuse considération. D'ailleurs ni les uns ni les autres ne donnaient une portée utilitaire

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