RECHERCHES Sl"R L'ORIGilŒ DE L'IDÉE DU BIDI 235 nombre considérable de patriciens depouilles de leurs biens par l'usure et les guerres civiles, tandis que les riches comptaient dans leurs rangs beaucoup de gens enrichis par le commerce, l'usure et même par la guerre, faite par d'a'utres : ainsi, au commencement de la guerre du Péloponèse, lorsque Corinthe prépara son expédition c0ntre Corcyre, Thucydide raconte que l'État promit aux citoyens qui s'enràleraient le partage des terres conquises, et offrit les mêmes avantages à ceux qui, s;ins prendre part à la campagne, donner;iient 50 drachmes. L'idéal héroïque s'était écroulé semant le désordre et la confusion dans les idées morales, et ce bouleYersemeut se répercutait dans les· idées religieuses. La plus grossière superstition continuait à fleurir, même à Athènes, qui condamnait à mort Anaxaaoras Diaaoras So- • t> ' 0 ' crate, qui brûlait les ouvrages de Protagoras pour impiété contre les D_ieux,et cependant les ,rnteurs corniques lançaient contre les Dieux et leurs prêtres, ce qui etait encore plus hardi, les plus audacieuses et les plus cyniques attaques; les démagogues et les tyrans profanaient leurs temples et pillaient leurs trésors sacrés, et des debauchés souillaient et renversaient la nuit les· statues Jes Dieux, placées dans les mes. Les légendes religieuses, transmises depuis l'antiquité la plus reculée et admises naï\'ernent tant qu'elles cadraient avec les mœurs ambiantes, étaient devenues choquantes par leur grossièreté. Pythagore et Socrate demandaient leur suppression, Jût-on pour cela mutiler Homère et Hésiode et même interdire la lecture de leurs poèmes; Épicure declarait que c'était faire acte d'athéisme que de croire aux légendes sur les Dieux et de les redire. Les chretiens des premiers siecles n'ont fait que généraliser et systématiser ce que les paiens avaient critiqué et fait en plein paganisme. L'heure avait sonné pour la société bourgeoise alors naissante, pour la société basée sur la propriété indiYiduelle et la production marchande de formuler un ideal moral et une religion correspondant aux nouvelles conditions sociales façonnées par les phénomènes économiques : et c'est l'éternel honneur de la philosophie sophistique de la Grèce d'aYoir tracé les principaux linéaments de la religion nom'elle et du nouvel idéal moral. L'ceunc morale de Socrate et de Platon n'a pas encore été dépassée ( 1). (1) On doit entendre par production marchande la forme de production dans laquelle le travailleur produit, non pour sa consommation ou celle de sa famille, mais pour la vente. Cette forme de production, qui caractérise la société bourgeoise, se distingue absolument des formes qui l'ont précédée drns lesquelles on produisait pour sa consommation, soit en employant des esclaYes, des serfs ou des salariés. Les familles patriciennes de l'antiquité, comme les_seigneurs du Moyen-Age, faisaient produire sur leurs terres et dans leurs ateliers, vivres, vêtements, armes, etc., en un mot presque tout ce dont ils avaient besoin, et n'échangeaient que le surplus de leur consommation à de certaines époques de l'année.
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