LA REVUE SOCIALISTE donnent les dangers au grand nombre et, non contents de ravir la plus grande partie des avantages de la guerre, ils les usurpent tous. )> Les patriciens barbares, rompus des l'enfance a tous les traYaux de la guerre, étaient des guerriers gui dcfiaient toute comparaison, les nouveaux riches, au contraire, pouvaient difficilement la soutenir, ainsi guc le constate Socrate: « Quand les riches et les pauvres se trouvent ensemble à l'armée, sur terre ou sur mer, et qu'ils s'obserYcnt mutuellement dans les circonstances périlleuses, les riches n'ont alors aucun sujet de mépriser les paunes; au contraire, quand un pauvre maigre et brùlé par le soleil, posté sur le champ de bataille a côté d'un riche élevé i l'ombre et chargé d'embonpoint, le YOittout hors d'haleine et embarrassé de sa personne, quelle pensée, crois-tu, gui lui vienne à cc moment a l'esprit? Ne se dit-il pas a lui-même que ces gens ne doiYcnt leurs richesses gu'i la làcheté des paunes? Et quand ceux-ci sont entre eux, ne se disent-ils pas les uns les autres: en véritc ces riches sont bien peu de chose! » Les riches, en désertant le serYicc militaire et en remettant à des mercenaires la défense de la patrie, perdirent les gualitcs physiques et morales de l'idéal hcroïguc, tout en conscrYant les biens matcriels gui en ctaient la raison d'êtrc; il arriva alors, comme le rcmargue Aristote, que « la richesse loin d'être la récompense de la vertu, dispensait d'être \"lTtllCUX » ( 1). Mais ks YCrtus hcroïgues, gue ne cultivaient plus les riches, devenaient 1',1p,111agJe mercenaires, d'affranchis et d'esclaves, gui ne possédaient pas de biens matériels; et ces vertus gui conduisaient les hcros barbares à la proprictc'.:ne pan·enaient qu'à les faire viHe misérablement de leur solde. Le~ phc'.:nomènes c'.:conomiguesavaient donc prononce'.:k divorce des biens matériels et des qualitc'.:s morales amrefois si intimement unis (2). li se trouYait parmi ces mercenaires aux Yertus héroïques un (1) Un sembl.ible phénomi:ne se reprodllisit vers la fin dll Moyen-Age. Le seigneur féod.tl n'avait droit ,lllx redevances en nature et all service personnel de ses serfs et vassaux qu'à la condition de les défendre contre les nombrellx ennemis qlli les environnaient : m.1is quand, à la suite d'éyénements économiqlles et politiqlles, il y eut llnc p.1cific.ttion générale à l'intériellr, le feignellr n'ellt plus à remplir son rôle de proteckur, ce qui ne l'empêcha pas de consen·er et même d'aggraver les con·ées et les redev.rnces gui avaient perdll lellr raison d'être. (2) L'époque c.ipitaliste .i Vll lln divorce analoglle, tout aL1ssibrntal et tollt aus5i fécond en conséquences révollltionnaires. All début de la période capitaliste, pendant les premières ,innées du siècle, l'idéal dll petit bollrgeois et de l'artisan acqllit llne certaine consist.rnce d.ins l'opinion pllblique : le travail, l'ordre et l'économie forent considérés com111eétroite111ent liés :i la propriété; ces vertus morales condllisaient alors il la possession des biens matériels. Les économistes et les moralistes boll rgeois pellven t encore, comme des perrogllets, répéter qlle la propriété est le frllit dll travail, mais elle n'est pllls sa récompense. Les vertllS de l'idéal artisan et petit bollrgeois ne condllisent pllls le salarié qu'all bureau de bienfaisance et a l'hôpital.
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