232 LA RE\'UE SOCIALJSTE navires ù fonds plats qu'ils construis:iient eux-mêmes et qui, d'après Homère, ne pou\·aient porter que de 50 à 120 hommes, n'étaient montes que par des guerriers,qui ramaient et se battaient; les combats n'aYaient lieu que sur terre; l'Iliade ne mentionne pas d'engagement sur mer. Les perfectionnements que les Corinthiens apportèrent aux constructions maritimes et l'accroissement des forces naYales, rendirent nécessaire l'emploi de rameurs et de matelots mercenaires, qui ne prenaient pas part aux combats, que les hoplites et d'autres guerriers moins pesamment armés liwaient sur mer et sur terre. Le mercenariat, une fois acclimaté sur la flotte, s'imposa aux armces de terre; elles n'étaient d'abord composées que de citoyens, entrant en campagne avec trois ou cinq jours de vines, qu'ils fourniss:iient eux mêmes, ainsi que leurs che\·aux et leurs armes; ils se nourrissaient sur l'ennemi lorsque leurs pro\'isions étaient èpuisèes et rentraient dans leurs foyers dés que l'expcdition, toujours de courte durée, ét:iit terminèe. ]vbis lorsque la guerre, portée au loin, exigeait une longue prèsence :i l'armée, l'Etat fut obligé de pOur\'oir à la nourriture du guerrier. Pèriclès, au commencement de la guerre du Pèloponcse, donna pour la première fois à Athènes une solde aux guerriers, qui alors devinrent des soldats, c'est-à-dire des salariés, des mercenaires; la solde ètait de 2 dr:ichmes, environ 2 francs par jour pour les hoplites. Diodore de Sicile dit que c'est au sicge de Veies, que les Romains introduisire!1l la solde dans leurs armces. Du moment que l'on etair payè pour se battre, la guerre redevint une profession lucratiYe, comme aux temps homériques; il se forma des corps de soldats, où s'enrôlaient les citoyens pauvres et les patriciens dcclasscs et ruines, ainsi qu'il existait dcjà des troupes de rameurs <.:tde matelots mercenaires, Ycnd:int leurs services au plus offrant ( r). Socrate dit qu'un État oligarchique, c'<.:st-ù-diregouverné par les riches, « est impuissant à faire la guerre parce qu'il lui faut armer la (1) Thuèydide rapporte que les ambassadeurs de Corinthe, pour d~cider les Spar• tiates, intimidés par les forces maritimes d'Athène~, à se joindre it eux pour déclarer l.1 guerre, leur dirent : « Nous n'avons qu':'t faire un emprunt pour débaucher, par une solde plus 1elevée, les r.imeurs d'i\th.:Cncs. » - Nici.is, ,bns la lettre qu'il adres,e de Sicile à l'assemblée des Athéniens, se plaint de la désertion des mercenaires. Quelques années plus tard, les matelots quittaie1·,t la flotte atheniennc en Asie Mineure pour passer sur celle de Lysandre qui leur donnait une plus forte solde. Les Carth.tginois, pour combattre en Sièile l'armée grecque, en1ôli:rent des soldats grecs qui faisaient le métier de se battre pour l.1 solde. Akxandre trouva au service de Darius des mercenaires grecs, qu'il incorpor:it dans son armée, après les avoir pardonnés de s'être battus pour des barbares contre des Grecs. Le merccnHiat abolit le sentiment patriotique si farouche et si profond cl1c:z Je barbare; on rencontrait des mercenaires grecs guerroyant dans toutes les armées. Quand les stoïciens et les cyniques, longtemps a,·ant les chrétiens, parlèrent de la fraternité humaine s'élevant au-dessus des Ctroite:, murailles de la cité antique, ib ne faisaient que donner une expression huma. 11itaire et philosophique au fait a.:compli par les év.:nements économiques et politiques . •
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