230 LA REVUE SOCIALISTE gue celui d'indigent. .. (1) JI est impossible d'empêcher ce désordre, car si on le prévenait les uns ne posséderaient pas des richesses excessives, tandis que les autres sont réduits à la dernière misère .... Les membres de la classe gouvernante ne dennt leur autorité qu'aux grands biens qu'ils possèdent, se gardent de réprimer par la sévéritc des lois le libertinage des jeunes débauchés et de les empêcher de se ruiner par des depenses excessives, car ils ont le dessein d'acheter leurs biens et de les approprier par l'usure pour accroître leurs richesses et leur puissance. >> La concentration des biens crée dans l'Etat une classe « de gens armés d'aiguillons, comme les frelons, les uns accablés de dettes, les autres notés d'infamie, d'autres perdus à la fois de biens et d'honneurs, en état d'hostilité et de conspiration constante contre ceux qui se sont enrichis des débris de leur fortune et contre le reste des citoyens et n'aimant qu'une chose, les révolutions ... Cependant les usuriers avides, la tête baissée et sans avoir l'air d'aperceYoir ceux qu'ils ont ruines, à mesure que d'autres se présentent, leur font de larges blessures au moyen de l'argent qu'ils leur prêtent à gros intérêt, et tout en multipliant leurs revenus, ils multiplient dans l'Etat l'engeance des frelons et des mendiants >>. Lorsque les frelons devenaient par leur nombre et leur turbulence une menace pour la sécurité de la classe gouvernante, on les envoyait fonder des colonies tt quand cette ressource Yenait à m{lnquer, les riches et l'Etat essayaient de les calmer par des distributions de vivres et d'argent. Périclés ne put se maintenir au pouvoir qu'en exportant et en nourrissant les frelons : il expédia mille citoyens d'Athcnes coloniser la Chersonése, 500 Naxos, 250 Andros, 1,000 la Thrace, autant la Sicile, à Thurium; il leur distribua par voie du sort les terres de l'île d'Egine dont les habitants avaient été massacrés ou expulsés. Il salariait les frelons dont il ne put débarrasser Athènes; il leur donnait de l'argent même pour aller au spectacle; c'est lui qui introduisit l'usage de payer 6,000 citoyens, c'est-à-dire près de la moitie de la population jouissant de droits politiques, pour remplir la fonction de juges (dikastes) (2): le salaire des juges, qui au début était d'une obole par jour, fut élevé à trois (environ o fr. 47) par le démagogue Cléon; la somme annuelle montait à 5,560 talents, soit environ 930,000 francs, ce qui était considérable même pour une ville (1) Socrate veut dire que ne pouvant entretenir un cheval de guerre et n'ayant pas les moyens d'acheter une armure complète, ils ne pouvaient servir ni en qualité de chevalier, ni en celle d'hoplite, c'est-à-dire de guerrier armé de toutes pièces. (2) Le nombre des citoyens ayant à Athènes leurs droits politiques etait de 14,040, ainsi que le prouva le recensement que fit Périclès pour la distribution des blés qui leur étaient envoyés en présent d'Egypte.
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