La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

RECHERCHES Sl.iR L'ORIGINE DE L'IDEE DU BIEN 229 immeubles d'être braves et de posséder les ,-crtus de l'idéa 1 héroï9 ue; puisque, sans la possession des biens matériels, ces 9ualités morales étaient inutiles et m~rne nuisibles à leurs possesseurs, ainsi 9ue le prouYe le massac"re des 2,000 ilotes, rapporté plus haut; puis9ue la possession des biens matériels était la raison d'être Je-s vertus morales, rien donc n'ctait plus logique et plus naturel que d'identifier les qualités morales avec les biens matcriels et de les confondre sous le même rncable. I 1 DÉCO~IPOSlTION DE L'IDEAL HÉROIQUE Les phénombes économi9ues et les é\'énerncnts politi9ues qu'ils engendraient, se chargérent de ruiner l'idéal héroïque et de dissoudre l'union primitiYe des ,·ertus morales et des biens matériels, que la langue enregistre d'une maniére si naïYe. Le partage des terres arables, possédées en commun par tous les membres du clan, commença a introduire parmi eux l'inégalité. Les terres sous l'action de causes multiples, se concentrérent entre les mains de 9uel9ues familles du clan et finirent même par tomber dans la possession d'étr:rngers, de sorte qu'un nombre croissant de patriciens se trouvèrent depossédés de leurs biens; ils se rcfugiérent dans les cités, ou ils vécurent en parasites, en frelons, dit Socrate : il n'en pouvait être autrement. Car dans les sociétés antiques, et en fait dans toute société basée sur l'esclaYage, le traYail manuel et même iti'tellcctuel, n'étant exécuté que par des esclaves et des étrangers, est peu rétribué et est considéré domme dégradant, à l'exception cependant de l'agriculture et de la garde des troupeaux. La situation politi9ue créée par les phénoménes économi9ues est exposée par Platon, dans le \ïII• line de la Rép11bliq11e, avec une force et une netteté de Yue qu'on ne saurait trop admirer : une lutte de classes Yiolentc troublait les cités de la Grécc. L'État oligarchique, c'està-dire basé sur le cens, dit Socrate, « n'est pas un de sa nature, il renferme nécessairement deux États, l'un composé de riches, l'autre de pauvres, qui habitent le même sol et conspirent les uns cont.re les a~tres ». Socrate ne comprend pas parmi les pauncs, les artisans et encore moins les esclaves, mais seulement les patriciens ruinés. « Le plus grand vice de l'État oligarchique est la liberte qu'on laisse à chacun de yendre son bien o_u d'acquérir celui d'autrui et à celui qui a Yendu son bien de demeurer dans l'État sans emploi ni d'artisan, ni de commerçant, ni de cheYalier, ni d'hoplite, sans autre titre

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