LA REVUE SOCIALISTE qu'on ne pouvait conquérir et conserver la propricté qu'à la condition de les a,·oir. Les vertus physiques et morales de l'idéal héroïque étaient, en qll<;lque sorte, incorporées dans les biens matériels, qui les communiquaient ù leurs proprietaires : c'est ainsi qu'à l'époque feodale, le titre nobiliaire était soude à la terre, le baron dépossédé de son manoir perdait son titre de noblesse, qui allait s'ajouter à ceux de son vainq ucur : il en était de même pour les corvées et les redevances, elles se réglaient d'après les conditions de la terre et non d'aprcs celle des personnes occupantes ( r ). Rien n'était donc plus naturel que l'anthropomorphisme barbare qui dotait les biens matériels de vertus morales (2). Le rôle de défenseur de la patrie que s'étaient réservé les propriétaires n'était pas une sinécure. Aristote remarque dans sa Politique que pendant les guerres du Péloponése les dcfaites sur terre et sur mer décimèrent les classes riches d'Athénes; que dans la guerre contre les Iapyges les hautes classes de Tarente perdirent une telle quantité de leurs membres que la démocratie put s'établir et que trente ans auparavant, à la suite des combats malheureux, le nombre des citoyens était tombé si bas à Argos, que l'on dut accorder le droit de cité aux pericques (colons vivant hors des murs de la ville). La guerre faisait de tels ravages dans ses rangs, que la belliqueuse aristocratie spartiate redoutait de s'y engager. La fortune des riches, ainsi que leurs personnes, était a l'absolue disposition de l'État : les Grecs désignaient parmi eux les leilo11rgoi, les triernrcboi, etc., qui devaient défrayer l.es dépenses des fêtes publiques et de l'armement des galcres de la flotte : quand, aprés les guerres médiques, il fallut reconstruire les murailles d'Athénes, détruites par les Perses, on démolit les édifices publics et les maisons privées afin de se procurer des matériaux pour leur reconstruction. Puisqu'il n'était permis qu'aux propriétaires de biens meubles et (r) Le livre de comptes de l'abbaye de Saint•Germain•des-Prés, qui date du neuvième siècle, et que Guérard publia en 1847, sous le titre de Polyptique de l'abbé lr111i11011, classe les nombreuses terres de la communauté monacale en trois catégories : en manses ingénuiles, lidiles et serviles, différemment imposées de services personnels et de redevances en nature, sans tenir conpte de la qualité des personnes qui les occupaient : ainsi les familles de serfs occupant une manse ingenuile, c'est-a-dire libre, acquittaient moins de redevances et de corvées que des hommes libres cultivant une manse servile. (2) Un phénomène analogue se reproduisit au Moyen-Age. Les nobles s'étant réservé le droit d'aller armés à cheYal, avaient par ce fait une telle supériorité dans les combats, que le cheval parut communiquer au baron féodal des vertus guerrières; aussi prit-il, ainsi que les riches des républiques antiques, le nom de sa monture et se nomma chevalier, caballero, etc... Ses vertus les plus prisées étaient de cheval (chevaleresque, caballeresco, cbivalrous, etc.). Don Quichotte jugeait le cheval un personnage ~i important dans la chevalerie errante, qu'il lui fallut toute sa casuistique pour permettre il Sancho Pança de le suivre, monté sur un :îne.
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