La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

RECHERCHES SUR L'ORIGINE DE L'IDl~E DU BIEN 227 que la vieillesse deYint un privilégc, le premier qui se soit glissé dans les sociétés humaines. Les patriciens, se chargeant <le l:i défcns1.: Je la cité, s'en réservaient naturellement le gouvernement, qui ètait confié aux pères de famille; mais quand le développement <lu commerce et de l'industrie eut formé dans les Yillcs une classe nombreuse de plébéiens riches, ils durent, apres bien des luttes civiles, leur faire une place dans le gouvernement. Sen·ius Tullius créa à Rome l'ordre des chevaliers aYec des plebéiens posses<;eurs d'une fortune d'au moins 100,000 sesterces (em·iron 5,250 fr.). é\·aluée par le cens: tous les cinq ans on passait la revue Lie l'ordre équestre et le~ chevaliers dont la fortune était tombée au-dessous Ju cens ou qui avaient encouru une flétrissure censoriale perdaient leur dignité. Solon, gui s'était enrichi dans le commerce, ouvrit le Sénat et les tribunaux d'Athènes à ceux qui possédaient les moyens d'entretenir un cheval de guerre (/Jippeis) et une paire de bœufs (zt'ugitni) : dans tontes les villes dont on a conservé des Sllll\·enirs historiques, on trouve les traces d'une semblable révolution, et partout la richc~se que comporte l'entretien d'un cheval de guerre donne le droit politique. Cette nouvelle aristocratie qui prenait son origine d,ins la riche%e, amassée par le commerce, l'industrie et urtout par l'usure, ne put se faire accepter et se maintenir dans sa suprém:nie social~ qu'en s'adaptant à l'idéal héroïque des patriciens et en assumant une p.1rt d,1nsla défense de la cite dont elle partageait le gouvernement (1). li fut un temps Jans l'antiquité, oü il était aussi impossible de concevoir un proprietairc sans vertus guerrières, que de nos jours de se représenter un directeur <.kmines ou de fabrique de produits chimiques sans capacités administratives et connaissances scientifiques diverses. La propriété était alors exigeante, elle imposait des gualites physiques et morales à son possesseur: le seul fait d'être propriétaire faisait présupposer qu'on poss[Jait les ,·crtus de l'idéal héroïque, puis- (1) Aristophane, aYocat du parti aristocratique et advers.tire de L, dé111ocr~tie athénienne, oppose les mœurs antiques aux nouvelles, et p.,r une étrange incons.:quencc accable des traits les plus envenimés Je sa s.11ire La111achus, Cléon et les démagogues, réclamant et obtenant malgré l'opposition des aristocrates, la continuation de la guerre contre Sparte. Les temps :ivaient d,angé, l'ancienne aristocrntic du sang et l.t nouvelle aristocratie de la richesse a,•~ient beaucoup perdu de leurs sentiments belliqueux et ne conservaient plus dans son intégrité que le sentiment propriétaire; la guerre. ne les enrichissait plus, elle enlevait leurs besti,,ux, ravageait_ l_eurs cham~s, arrac~ta1t leurs oliviers et leurs vignes, détruisait leurs récoltes et 111ce11Jia1lteurs maisons. An_stophane lui-même avait des propriétés Jans !'Eubée, qui était un des clumps de bata1lle de la guerre du Péloponcse. P!aton, qui en sa qualité d'idéalis:e. est un ,:1rdcut défenseur de la propriété, demande, dans s.t République, que les Grecs deetdent qu en. toute guerre entre eux on ne doit pas incendier les maisons et les récoltes; on ne deva,t se permettre ces passe-temps guerriers qu'en pays barbare.

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