226 LA REVUE SOCIALISTE les vertus physiques et morales de l'iMal héroïque, le seul idéal que pouvait enfanter k milieu social dans lequel ils se mouvaient : ils étaient braves, géncreux, forts de corps et stoïques d':1me et de plus propriétaires fonciers, c'est-à-dire membres d'une tribu et d'un clan poss~dant le territoire sur lequel ils résidaient (1). Les barbares, qui ne pratiquent que l'élève du bétail et une agriculture des plus rudimentaires, se livrent avec passion au brigandage et à la piraterie pour épuiser leur trop-plein d'énergie physique et morale et pour se procurer les biens qu'ils ne savent et ne peuvent se procurer autrement. Dans un poème grec, dont il ne reste qu'une strophe (le Skolion d'Hybrias), un héros barbare chante: « J'ai pour richesse ma grande lance et mon glaive et mon bouclier, remparts de ma chair; par eux, je laboure; par eux, je moissonne; par eux, je vendange le doux jus de la vigne; par eux, je suis appelé le maître de la 111noia >> (la troupe des esclaves de la communauté) (2). César rapporte que les Suèves envoyaient tous les ans la moitié de leur population Yirile en expéditions de rapine; les Scandinaves, la moisson terminée, montaient sur leurs vaisseaux et partaient ravager les côtes de l'Europe; les Grecs, pendant la guerre de Troie, abandonnaient le siège pour se livrcr au brigandage.« Le métier de pirates n'avait alors rien de honteux, il conduisait à la gloire», dit Thucydide. Les capitalistes le tiennent en haute estime, les expcditions coloniales des nations civilisées ne sont que des guerres de brigands; mais si les capitalistes font faire leurs pirateries par des prolétaires, les héros barbares payaient" de leur personne. Il n'était alors honorable de s'enrichir que par la guerre, aussi les épargnes du fils de famille romaine se nommaient peculiu,n castrmse (pécule amassé dans les camps); plus tard, quand la dote de la femme vint la grossir, elles prirent le nom de peculium quasi castrense. Ce brigandage général donnait une vcrité exacte· au proverbe du Moyen-Age : Qui terre a, guerre a. Les propriétaires de troupeaux et de récoltes ne déposaient jamais les armes, ils accomplissaient, les armes à la main, les fonctions de la vie commune. La vie des héros était un long combat : ils mouraient jeunes, comme Achille, comme Hector; dans l'armée achéenne, il n'y avait que deux Yieillards, cstor et Phenix; vieillir était alors chose si exceptionnelle, (r) L'épithète stoïque, appliquée aux hêros barbares, est u11 anachronisme, mais il n'est que Yerbal : le mot fut fabrique pour désigner les disciples de Zénon, qni enseignait sous le Portique, sloa: les l,arbares possédaient la force morale que les stoïciens s'efforçaient d'acquérir. (2) Les chevaliers de la fin du Moyen-Age, qui avaient été ruinés par les croisades, et <lepossé<lésde leurs terres par leurs luttes intestines, ne vivaient que de la guerre et appelaient, comme le héros grec, « moisson de l'épée ", le butin gagné dans les combats.
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