La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

224 LA REVUE SOCIALISTE la nature ( 1). Le sau\'age et le barbare, forts et courageux, possedent par surcroît les autres Yertus morales de leur idéal; aussi comprennentils toutes les qualités physiques et morales sous le même adjectif. La force et le courage étaient alors si bien toute la Yertu, que les Latins, après avoir usité le mot virtus pour force physique et courage, l'employèrent pour vertu; que les Grecs donnèrent les mêmes significations successiYes au mot areté, et que le mot jaYelot, l'arme primitive, qui en grec se dit Kalo11, sert pltis tard pour le Beau et qui en latin se dit Quiris, dcsigne le citoyen romain. Varron nous apprend que primitivement les Romains représentaient le dieu Mars par un javelot. Il était fatal que la force et le courage fussent alors toute la vertu: puisque se préparer à la guerre, acquérir la bravoure pour en affronter les périls, développer les forces physiques pour en supporter les fatigues et les priv:itions, et les forces morales pour ne pas faiblir sous les tortures infligées aux prisonniers, était toute l'éducation physique et morale des sauYages et des barbares. Dès l'enfance leurs corps étaient assouplis et trempés par des exercices gymnastiques et endurcis par des jeônes et ties coups sous lesquels ils succombaient parfois. Périclès, dans son discours aux funérailles des premières Yictimes de la guerre du Péloponese, contraste cette éducation héroïque, encore en vigueur à Sparte, qui conservait les mœurs antiques, aYec celle que recevait la jeunesse à Athènes, qui était entrée dans la phase démocratique bourgeoise. « Nos ennemis, dit-il, dès la prernicre enfance se forment au courage par les plus rudes pratiques, et nous, élevés a\'èc douceur, nous n'avons pas moins d'ardeur à courir aux mêmes dangers. » Li\'ingstone, qui retrouva chez les tribus africaines ces mœurs héroïques, fit à des chefs noirs un semblable contraste entre les soldats anglais et les guerriers nègres. Le courage étant dans l'antiquité toute la vertu, la làchetè devait nécessairement être le vice : aussi les mots qui en grec et en latin (lwkos et 111alus) veulent dire lâche, signifient le mal, le vice (2). Quand la société barbare se différencia en classes, les patriciens monopoliserent le courage et la défense de la patrie : ce monopole était « naturel >> pour me ser\'ir de l'expression de l'écçrnomie bour- (r) La force physique était si pnsce, que dans le troisième chant de l'Iliade, Hélè-ne, désignant aux vieillards de Troie les chefs grecs, cc n'est pas par leur âge, leur physionomie, ou leur caractere, mais par leur force qu'elle distingue Ulysse de Ménélas et d'Ajax, qui l'emporte sur les deux par la largeur des épaules. Diodore de Sicile, passant en revue les qualités d'Epaminondas, mentionne d'abord la vigueur de son corps, puis la force de son éloquence, sa bravoure, sa générosité et son habileté stratégique. (2) I111bellis,i111becillis, qui signifient impropre il la guerre, sont surtout usités par les écrivains latins pour l:iche, faible de corps et d'esprit : malus a un sens plus général, il est le qualificatif de celui qui au physique et au moral ne possède pas les venus requises.

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