La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

RECHERCHES SL"R t'ORIGl~E DE L'lDÉE DU BIEN 223 la route tç>rtucuse qu'il a parcourue pour arriver à confondre sous le même vocable les biens matériels et le Bien moral. Les mots qui dans les langues latine et grecque servent pour biens matériels et le Bien, ont étt'.: à l'origine des qualificatifs de l'ètre humain. Agatbos (grec), fort, courageux, généreux, vertueux, etc. Ta agalba, les biens, les richesses. Toagatboll, le Bien.? to ahro11aga/bon, le Bien suprême. Bo11us (1) (latin), fort, courageux, etc. Bona, les biens; bo11paalria, patrimoine, Bo1t11m, le Bien. Agalbos et bo1111s sont des adjectifs génériques: le Grec et le Romain des temps barbares, à qui on les donnait, possédaient toutes les qualités physiques et ,norales requises par l'idéal héroïque, aussi leurs superlatifs irréguliers (aristos,esthlos,beltistos, etc., et opli11111s) sont au pluriel usités substantivement pour désigner les meilleurs et les premiers citoyens : l'historien \' elleius Paterculus appelle optiniafes les patriciens et les riches plébéiens qui se ligucrent contre les Gracques. La force et le courage sont les premicres et les plus nécessaires vertus des hommes primitifs en guerre perpétuelle entre eux et contre (1) Le même phénomène s'observe dans notre langue : bon, dans le vieux français, signifie courageux : la Cba11so1d1e Roland l'emploie toujours dans ce sens : Franceis sunt bon, si frrrunt vassalement, (Les Français sont courageux, ils frapperont bra,·emcnt, XCI). Parlant de l'archevêque Turpin, Roland dit : Li arcevesque est mult bons chevaliers : Nen ad meillur en terre desuz ciel, Bien set ferir e de lance et d'espiet. (L'archevêque est un bien courageux che,·alier : - il n'en est pas de meilleur sur terre sous le ciel, - il sait bien frapper ét de la lance et de l'épieu, CXLV). Le roi Jean avait été surnommé bon à cause de son courage. Commines, qui écrivait au quinzième sii:cle, dit bom boms pour hommes braves. - Good111a11, après avoir été en anofais le qualificatif du soldat et aprës avoir désigné le chef de famille, le maitre de"'maison, finit, ainsi que notre bo11bom111e, par être appliqué au paysan : goodma11 Hodge; Hodge est un terme méprisant pour paysan. C'est sans doute quand bonhomme arriva ;i ètre généralement donné aux paysans, que nobles et homm~s d'armes pillaient (vivre sur le bo11ho111111e, était une expression courante) que !e ~ot ~nt le sens ridicule qu'il a consen·é; d'après Ducange, il a eu un moment ln s1g111ficat1on de cocu. L'addition d'une désinence rend good et bon grotesque, good)', b~nasse. Agatbos et bo11 s11 ne pouvaient dans l'antiquité acquérir une telle signification : c<;n'est que dans Je latin du Moyen-Age quç l'on rencontre bo11alm, bo1,asse. Les écnv_ams d_e la périoâe byzantine emploient agalbos, surtout dans le ~ens_~e doux, bon; et 11parait que les gamins de !'Athènes moderne sen servent pour 11nbec1le.

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