202 LA REVUE SOCIALISTE doctrine que le groupe de la Chambre aYait e1wisagée, mais devant la solution de laquelle il avait reculé, indécis; c'est celle de saYoir si un socialiste peut et doit accepter de collaborer au gom-en.1ement et dans quelles conditions cette collaboration peut être donnée. j'ai dit que le groupe avait étc placé en face du probléme et qu'il aYait reculé devant la solution. Le citoyen Millerand, en effet, avait été pressenti à l'avance par \Valdcck-Rousseau qui considérait depuis longtemps la nécessité venue d'unir toutes les fractions du parti républicain en un effort commun contre la marée montante du militarisme. Il lui avait exprimé le désir de se l'associer dans une combinaison éventuelle, lui réservant le portefeuille de la justice. Millerand s'était entretenu de ces ouvertures avec ses amis les plus proches, et après un examen approfondi, ceux-ci aYaient conclu, non sans hésitation, je dois le dire, dans le sens de l'acceptation. Quand cette offre, d'abord éventuelle, se précisa, au lendemain de la chute de Dupuy, Millerand en saisit le groupe devant lequel il fit valoir les raisons qui, à son sens, militaient pour qu'un socialiste ne se dérobât point de-vant l'offre explicite d'une collaboration effective à une œuvre de défense républicaine. Il ajouta qu'il était prêt à répondre affirmativement en prenant cette décision sous sa responsa bii ité personnelle, afin de ne pas engager celle du groupe socialiste, au cas où certains de ses membres auraient scrupule à se prononcer d'une façon formelle sur cc point délicat. Le citoyen Bernard Cadenat exprima l'avis que le groupe socialiste _ne deYait pas fuir les rc.sponsabilités et d<'.:libérersur l'incident. Le citoyen \'a_illant fut d'un aYis contraire. A son sens, il valait mieux que le citoyen Millerand n'engageât que lui-même. Il aurait une situation meilleure vis-à-vis de ses collègues du ministére éventuel, où le suivrait la sympathie du groupe socialiste, si la combinaison aboutissait. Bref, le groupe eluda la question, au lieu de la trancher. Il se borna à encourager Millerand dans la voie du compromis, en lui laissant toute responsabilité de son acte, d'ailleurs singuliérement atténuée du fait que le groupe ne repoussait pas a priori l'arrangement et que Vaillant et ses amis déclaraient que leurs; sympathies suivraient notre collegue au poste de combat qu'il allait occuper. Le 23 juin, le nom de Millerand figurait au }011r11alOfficiel, dans la liste des nouveaux ministres et voici en quels termes, dans la Petite République du même jour, Jaurès appréciait cet événement: Pour ma part et sous ma responsabilité personnelle, j'approuve Millerand d'avoir accepté un poste dans ce ministère de combat. Que la République bourgeoise, à l'heure où elle se débat contre la conspiration militaire qui l'enveloppe, proclame elle-même qu'elle a besoin de l'énergie socialiste, c'est un grand fait; quelle que soit l'issue immédiate, ce
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