LA CRISE DU PARTI SOCIAI.ISTE 20! d'un renégat, pour être entre dans un cabinet dont faisait partie Galliffet, l'égorgeur de I 871. La vérité, c'e:t que la crise ministérielle qui Yenait de prendre fin, en se prolongeant outre-mesure, avait déchaîné des espérances politiques subitement déçues, aiguise d'innombrables ambitions personnelles devenues irréalisables par la constitution du nouveau cabinet. La chute de M. Dupuy, visiblement compromis en de louches intrigues avec la droite et les nationalistes, fut d'abord une surprise désastreuse, pour la coalition hybride et turbulente qui depuis deux ans conspire le renversement de la République. Elle en fut un instant désarçonnée et prise au dépourvu, car elle croyait qu_e les républicains, éclairés enfin sur le caractére d'une situation qui ne pouvait se perpétuer indéfiniment sans danger, allaient constituer rapidement un cabinet de défense républicaine résolu. Nationalistes et réactionnaires comptaient sans la pusillanimité de leurs adversaires, aussi pauvres pour la plupart d'intelligence politique que de scrupules. Ils avaient i:ompté sans les prétentions de groupes, les intérêts de coterie, qui se drcsscrent, le jour même de la chute de Dupuy, aussi ardents et implacables que si nous eussions traversé une période politique normale. Aussitôt les titulaires du cabinet défunt partis, on ne songea qu'a la répartition des portefeuilles, au partage des fonctions. Les radicaux voulaient nantir six des leurs, les modérés ne consentaient a leur laisser que tant de ministeres. D'où récriminations, protestations et finalement ruptures survenant à la derniére heure, au moment où un gouvernement semblait constitué. Un temps insolite s'écoula dans ces pourparlers misérables. Les consultations politiques du chef de l'État se multipliaient, à la grande joie des états-majoristes, qu'ébahissait l'apparente impuissante du parti républicain. L'opinion républicaine avait conscience du péril que créaient ces incertitudes. Aussi accueillit-elle, à Paris d'abord, dans les départements ensuite, la nouvelle de la formation d'un cabinet de salut public avec joie. D'ailleurs, si la population républicaine de la capitale avait eu une minute d'hésitation, le langage des journaux réactionnaires eût suffi pleinement à l'édifier sur le caractére du naissant ministére. Ce ne fut plus des articles de polémistes, mais des violences de déments que publiérent dés le jeudi soir les feuilles nationalistes. Jamais un pareil concert de fureurs ne s'etait entendu. * * * Pour les socialistes, cependant, l'entrée d'un des leurs et des plus qualifiés dans le cabinet soulevait une grave question de tactique et de
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