200 LA REVUE SOCIALISTE LA CRISE DU p ARTI SOCIALISTE Le jeudi 22 juin, le bruit courait dans Paris que la crise ministénelle touchait enfin a son dénouement. Un cabinet ctait formé, sous la présidence de M. "Waldeck-Rousseau, un cabinet de concentration rcpublicaine dans toute l'acception du mot, car il allait, disait-on, de M. Decrais, républicain modéré, de la nuance du Journal desDébats, jusqu'a Millerand, en passant par le général de G:llliffet, mis a la tête <lu ministére de la guerre. Cette nouvelle parut d'abord invraisemblable aux sceptiques rendus dcfiants par l'écroulement successif de trois ou quatre combinaisons ministérielles mort-nées. Cependant, a six heures du soir, on annonçait, dans les couloirs du Palais-Bourbon, que la chose était définitivement faite et que les nouveaux ministres tenaient en cc moment une réunion chez M. \Valdcck-Rousseau pour se concerter sur l'attribution 11e varietur des portefeuilles, les premières mesures à prendre et les déclarations initiales à faire. Quelques instants aprés, les reporters accouru.s chez M. \\'aldcck-Rousseau recevaient la confirmation officielle de la formation d'un ministère de la bouche même de son président et ils s'empressaient de colporter la nouvelle aux quatre coins de Paris et surtout de la Chambre. L'accueil fait au cabinet Waldeck-Rousseau, au Palais-Bourbon, fut nettement, violemment hostile. Les nationalistes et la droite se déchaînèrent furieux, affectant de dénoncer dans cette combinaison un véritable défi a l'armée. Leurs députés affirmérent qu'on allait Yoir se produire des démissions en masses d'officiers généraux poussés à bout par cette proYocation suprême. Les modérés, eux, se répandaient en inYectives aussi ardentes que les nationalistes. La présence de Millerand dans ce cabinet constituait un acte de trahison de la part de leur ancien ch_ef, convaincu d'ouvrir toutes grandes les portes <lu gouvernement aux ennemis avérés de l'ordre social. Et ils juraient, faisant chorus avec les antisémites et les monarchistes, que le cabinet devrait s'enfuir sous les huées d'une majorité compacte, le jour même ou il se présenterait devant la Chambre. A la rescousse des monarchistes et des nationalistes, venaient les radicaux, pris subitement d'un zèle ardent et rétrospectif pour les souvenirs de la Commune. Eux aussi se répandaient en imprécations Yiolentes contre Millerand, flétri a l'égal
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