LA CRA~DECR DES ÉTATS-C~IS 199 coup de massue pour les doctrinaires du laissez-faire et les héritiers des manchestcriens. Déjà tout le socialisme instinctif et encore inorganique de l'Union a surgi spontanénient de cette formation industrielle trés poussée. De gigantesques soubresauts de rholte ont fait tressaillir, en ces dernières années, le sol de l'indiYidualiste Amérique. Qu'on se rappelle seulement cette marche lamentable et terrifiante de roo ooo chemineaux sur , Vlashington! Au fond du programme du démocrate Bryan, en 1897, apparaissaient les revendications des dcbiteurs, les malédictions des fermiers dépossédés, les cris de souffrance des petits industriels rninés. C'est chose passionnante et grave que de Yoir ainsi un grand parti historique accueillir des Yclléités mème confuses de subversion intérieure. Peu i peu la lutte des républicains et des démocrates tend ù devenir un .semblant de guerre de classes, - les grands financiers et les puissants industriels d'un coté, le prolétariat de la fabrique et de la terre de l'autre. Le succés de l'association des Fermiers, les victoires remportées dans l'Ouest par les populistes préparent autour de la faction démocratique renouvelée des concentrations de forces électorales d'une vigueur inattendue. La ruine du groupement, jadis puissant, des Chevaliers du Tra\'ail est un autre signe des temps. De 800,000 adhérents en 1886, cette société est tombée à moins de 50,000, parce que son programme était jugé trop modéré, qu'elle se prfoccup:iit trop des intérêts purement syndicaux, et qu'elle avait répudié le socialisme doctrinal. Ses membres ont éte aux comités révolutionnaires qui se sont formés d'abord il la voix des immigrants allemands, adoptant les idées communes du prolétariat international. Aujourd'hui, encore simple appoint dans la mèlée politique, le parti socialiste <l'outre Atlantique s'organise, prend conscience de sa force, et demain il substituera les articles de la théorie consaàée à l'obscure colére qui monte des masses. Il apparait dés à présent comme l'héritier présomptif des démocrates aux idées trop flottantes, aux alliances trop mèlées. Sur cette terre, où le capitalisme a pris un développement sans égal, où sa dictature impitoyable, sa corruption et toutes ses tares fatales éclatent en un 1our d'une crudité aveuglante, l'heure du socialisme ne peut plus tarder. Le militarisme et le trust les aoo-ravations fiscales et les crises ciYiles précipiteront > 00 son triomphe. La conquête des Antilles, si etrange que semble le rapprochement, est une date solennelle pour lui. Sa grandeur prochaine sera faite de la grandeur économique et politique de l'Amérique contemporaine, et la bourgeoisie <l'outre Atlantique mourra de sa vertigineuse fortune, éc;rasée sous l'accumulation imprudente de ses succés et de ses milliards. PAUL Lours.
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