La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

• 194 LA REVUE SOCIALISTE sympathie, sortirent comme spontanément du sol américain. On put croire que le cabinet \Vashington, déférant a la pensée nationale, youdrait seconder l'effort du soulèvement pour affranchir une société opprimée. Au fond il se borna a exploiter la sentimentalité diffuse des foules au profit de projets politiques et économiques sans dignité, de spéculations méprisables; il obéit au mécanisme fatal du systcme capitaliste qui exige toujours une extension de domaine, qui jette les peuples au delà de leurs fronticrcs, pour assouvir ses besoins en de nouYellcs contrées. Comme l'Angleterre avait saisi l'Egypte et tant d'autres terres; la France, Madagascar, le Tonkin, le Dahomey, etc.; l'Allemagne, une portion du littoral africain; et en Chine, le LiaoToung; l'[talie, l'Erythrée, - ks Etats-Unis voulurent coloniser, accroître leurs superficies pour serYir leur grande industrie. La guerre avec l'Espagne, masquée hypocritement derriérc des prétextes humanitaires, n'a été qu'une vaste entreprise de flibusterie, d'oü toute générosité fut sur le champ éliminée. Cuba, Porto-Rico tornbérent aux mains du cabinet de \Vashington; il s'empressa d'y installer un régime hybride qui n'est ni la domination directe, ni l'autonomie, - qui rappelle.:, ou peu s'en faut, le protectorat implanté dans la \'allée du il en r882. En tout cas, il a saisi la direction économique de ces îles qu'il se charge de mettre en valeur, et où, d'ici quatre ou cinq ans, il importera pour 500 ou 600 millions. Aux Philippines, la tâche sera plus rude. 1 ominalement cédé au traité de Paris, ]'Archipel, cou,·crt par une race belliqueuse, rcsiste n l'assimilation. Quelle que soit l'issue de la lutte engagée, l'Amérique ne sera jamais la maîtresse de l'intérieur de Luçon. Par son extraordinaire orgueil, par l'étendue et la dureté de ses exigences, elle a semé la haine de sa race parmi les Tagals. Elle a marqué la-bas, dans !'Insulinde, que sa moralité n'était pas plus haute, ni plus affinée que la moralitc anglaise, française ou allemande; elle a attesté que le système économique uniforme des grandes puissances du jour a épandu sur clics une ciYilisation uniforme et partout entachée des mêmes tares. Victorieuse de l'Espagne, l'Union a pris goût a la guerre; d'ailleurs l'essor même de ses échanges lui imposera de multiples heurts, la précipitera dans d'incvitables conflits. Déja certains se dessinent. On peut dire que l'ère pacifique est fermée, outre Atlantique, et que, Yictimc de sa puissance industrielle même, l'Amérique est a la veille des grandes conflagrations. * * * Une querelle grave aYec l'Allemagne, a paru imminente, a plusieurs reprises, en 1898 et cette année. L'amiral américain de

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==