La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA GRANDEUR DES l~TATS-U~IS 195 M,1nillc se plaignit d'abord de l'attitude de son collèrrue rrermanique :::,, :::, de Diederichs; il crut pouvoir affirmer que ce dernier incitait les Philippins à prolonger leur résistance, qu'il permettait à ses compatriotes d'introduire subrepticement des armes dans !'Archipel. Un incident diplomatique s'ensuivit·, à Berlin et à \Vashi1wton les secrétaires . :::, ' d'Etat des affaires étrangères durent porter des déclarations. Au Sénat de l'Union, la discussion fut si chaude que plusieurs membres menacèrent l'Empire des armes triomphantes de la République. Le litige des Samoa Yint jeter entre deux nations déja antipathiques un nouYeau ferment d'hostilité, le gouYernement allemand soutenant un roitelet nègre, le gouYernement des États-Unis prenant le parti d'un autre; des échauffourées eurent lieu entre les sujets de ces deux candidats à un tràne perdu dans le Pacifique : il arriva que des marins americains tombèrent dans une embuscade et qu'un sujet germanique fut accusé de l'ayoir organisée. Noll\·eaux <'.:changes de notes, de paroles blessantes. La presse de New- York, cette presse impérialiste et belliqueuse qu'on qualifi1.:de «jaune», essaya d'envenimer le débat jusqu'i la rupture. En présence de l'attitude conciliante du secrétaire d'État de Berlin, M. de Bulow, l'affaire s'arrangea, mais tout atteste que de l'autre càté de l'Atlantique, on e1wisage l'éYentualité d'un grand choc sur les mers, et que certains mêmes l'escomptent. Deux puissances qui a,·ec une égale énergie, surgissent en pleine poussée commerciale et qui se disputent le 1111.:memarché - ]'Extrême-Orient - peuvent-elles longtemps vine en paix? Poser la question, c'est la résoudre. Le problème des relations de l'Union aYec la Grande-Bretagne est autrement complexe. Ici les motifs de conflit et les raisons de rapprochement, voire même d'accord étroit, coexistent et se balancent. L'A1wlais n'est rruére satisfait de saluer les grandes victoires comrner- o ::, ..., ciales de l'Amèricain, la marche continue de ses echanges, les subits élans de ses exportations; il ne compare pas sans dépit ni sans colère fa descente des yentes extérieures du Royaume au-dessous et l'ascension des ventes extérieures de la République au-dessus, - de 6 milliards. Pour la première fois depuis de multiples décades, il est ainsi battu, dépassé; par ailleurs, il estime que l'influence de Jonathan devient vraiment exarrérée dans certaines colonies de la Reine, aux Antilles t, et au Canada par exemple, et il se demande avec anxiété s'il ne se rencontrera pas un successeur de M. Mac I{inley pour annexer le Dominion et la Jamaïque. Les doctrines de panaméricanisme, fort anciennes, il est vrai, mais qui ont singulièrement gagné du terrain depuis Blaine, l'effraient et l'indisposent. L'~flaire du Vénézuela, l'intervention soudaine, brutale du secrétaire d'Etat de ·washington, il y :1 quatre ans, entre cet État sud-américain et le Foreign Office, lui ont

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