La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE - Si elle s'accomplit ... Sinon, nous resterons imparfaits l'un et l'autre? Thén::se sentit viYement la pointe d'amour-propre qui perçait dans les paroles de Louise. - Je me suis bien résignée, moi, à demeurer imparfaite, soupi rat-elle. - Par orgueil sans doute, fit la jeune fille. Quel homme n'eût été fier d'associer sa Yie à la YÔtre ! - :'Jon, pas par orgueil. Je Yous en prie, ne croyez pas cela, encore que ce soit un de mes graYes défauts. J'ai eu peur de la vie, Yoilà la Yérité. Je me suis fait une si haute idée de l'amour, que je ne m'en suis pas crue capable. J'ai reculé devant la responsabilité d'assumer le bonheur d'un homme. Cela m'a paru une chose si respectable et si fragile, que mes mains ont tremblé, et n'ont point osé le saisir ... Ils ont peut-être raison ceux qui, tout en guidant leur existence vers leur idéal, sa,·ent s'accommoder des à peu-près de la réalité. Mais pourquoi YOUSdire de ces choses? Je remarque en vous un appétit de vivre la Yie complète aYec toutes ses joies; et mon passé n'a pas, heureusement, à être la leçon de votre avenir. - Je ne veux voir dans YOtreconfidence qu'une marque de sympathie, et vous ne sauriez croire combien j'en suis heureuse, dit Louise a\'ec émotion. - Pour que vous le soyez tout à fait, sachez que je n'ai aucun regret d'ayoir dirigé ainsi ma Yie. Des enfants, j'en ai plus que vops n'en pourrez jamais aYoir, et je les aime autant que vous aimerez les vôtres. 1otre cœur peut s'attacher aux œuvres de notre cerveau avec la même ardeur et la même sollicitude qu'aux œuvres de notre chair. Quand je vois les méres de mes élcves chéris, il me semble que je suis une grande dame du temps jadis, une grande dame Gigogne, entourée des nourrices de ses innombrables enfants. Assis en face des deux nouYelles amies, Lagaline s'enquérait de l'école qu'on allait Yisiter. Sa voisine le renseignait complaisamment, fière de faire connaître les méthodes d'cducation qu'elle contribuait à mettre en œuwe. Frizet écoutait la bouche ouverte, guettant les obserYations de son ami pour y chercher rnatiére à une de ces interminables discussions où ils se complaisaient. - Nous avons emprunté à Fourier une de ses plus belles inventions, disait l'institutrice. Grâce à nos enfants, nous n'avons pas besoin de personnel pour le service. Comme dans les écoles de Yillage du Yilain Yieux temps, ils balaient les salles à tour de rôle, et c'est une joie pour eux de manier les appareils de propreté et d'hygiéne. Ils appellent cela la corYée, mais sans attacher à cc mot le sens communément accepté. On en voit qui achétent leu·r tour à leurs petits

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==