LA RE\'üE SOCIALISTE Il est pourtant encore un point qu'il nous faut établir,dit-elle. J'ai Yingt ans et vous devez en avoir trente. - Trente-et-un, pn';cisa Pierre. Je vous comprends. Vous désirez savoir si je suis arriYé à mon âge sans avoir aimé, et vous voulez, de votre côté, aller au-devant de mes questions sur ce point. Nous nous devons cette confession mutuelle, et je vous fais bien volontiers la mienne. Si ,•ous m'appartenez un jour, comme je le souhaite de tout mon cœur, YOUS serez mon premier amour, mais vous ne serez pas, hélas! la premiére femme que j'aurai connüe. - Vous avez raison d'exprimer ce regret, dit Louise avec gravité. L'amour purement sensuel est une offense à l'amour. Mais de quel droit vous ferais-je un reproche? N'ai-je pas moi-même commîs une faute, sinon contre l'amour, du moins contre moi-même! - Vous avez été aimée, vous avez été trompée, abandonnée? s'écria Pierre. - Oui, j'ai aimé, mais je n'ai pas été trompée par celui que j'aimais. C'est moi-même qui me suis trompée en l'aimant. Aussi n'est-ce pas lui qui m'a quittée, mais moi qui me suis séparée de lui des que j'ai reconnu mon erreur. Il se refusait à cette séparation, ne pouvait comprendre que mon cœur se reprît après s'être donné. li m'accusait de légcreté, alors que j'en avais montré seulement en me donnant à lui sans le connaître assez. Mais je tins bon et je partis en pleurant avec lui sur le mal que je lui avais fait, et qu'il m'était impossible de réparer, car je ne l'aimais plus. Elle ajouta, aprcs un silence pénible : - J'aurais peut-être di'.1supporter seule les conséquences de mon erreur et laisser ce malheureux dans l'illusion que je l'aimais toujours, plutàt que de lui causer un tel déchirement. Mais je ne me suis pas senti _lecourage d'accomplir ce pieux mensonge jusqu'au bout de notre Yie. - Mieux vaut la vérité, même meurtrière, prononça le jeune homme, que le mensonge qui fait vivre d'une vie précaire et toute d'illusion. Si j'avais été votre amant, je n'eusse pas tenté de vous retenir; et, plus je vous aurais aimée, moins je l'eusse tenté. - Est-ce pour diminuer mes regrets de n'avoir point accompli le sacrifice que vous me dites cela? - Non, je me garderais bien de déguiser ma pensée en de semblables maticres. Réfléchissez un instant et vous vous rendrez compte que votre sincérité n'a point été aussi cruelle que votre mensonge eût pu l'être un jour. Et ce jour serait venu. Votre cœur désaffectionné, quelle que fût votre volante de le hausser au ·sacrifice définitif, pouvait s'éprendre à votre insu d'un autre objet. Alors, au lieu d'avoir dit à votre amant: - « Je te quitte parce que je ne t'aime plus», vous
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