La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE RtVE DE PIERRE DAVAXT eussiez dû lui dire: - « Je te quitte pour un autre qui me plaît davantage. » - Vous avez raison, fit Louise, songe:..:sc.Le sort <leceux qui ne sont plus aimés e-t à qui l'on en préfère un autre doit être des plus misérables; il n'a d'égal que le sort de ceux gui ,·oient se placer l'image de l'objet aimé entre eux et celui qu'ils feignent d'aimer. Vous avez raison, et j'ai bien fait de quitter un amant qui, sachant que je ne l'aimais plus, eùt accepté de jouer avec moi cette sinistre et périlleuse comédie. - Mes fautes ont été plus grandes guc la YÔtre, dit Pierre. Aprés ce que vous m'avez dit, je puis avoir pleine confiance en vous, tandis que vous avez sujet de craindre que je ne préfére la débauche à l'amour. - Oui, fit la jeune fille. Qu'arri\'erait-il, en effet, si, après avoir •cru m'aimer et même en continuant de m'aimer, vous vous laissiez reprendre à l'appât des plaisirs faciles? Je vous a\'Oue que je ne pourrais avoir aucune indulgence pour cette sorte d'infidélité, encore qu'elle ne m'ôtât rien de votre cœur. - Je ne ,·ous en demanderais moi-même aucune. 1!ais n'est-ce point prévoir les choses de trop loin? A tout examiner, qui donc oserait jamais se décider à rien, même ù sortir de chez soi ? Croyez d'ailleurs que la raison parle haut en moi. Et ne pouyez-,·ous espérer que mon amour lui vienne en aide d'une façon décisi\'e? Comme Louise gardait le silence, Pierre reprit : - Ce que je vous dis ne vous semble-t-il pas raisonnable? Elle dit, d'une voix altérée : Je me rappelle avec effroi ces vers du vieux poéte des amants: Ah! malheur à celui qui laisse la débauche Planter le premier clou dans sa mamelle gauche. Je vois que vous ne m'ayez pas compris. Je Yous dois donc une confession plus cornpléte. Absorbé par mes travaux et par mes études, je ne me suis jamais liwé à l'amour. Mais je ne me suis pas davantage abandonné a la débauche. Les amantes d'un jour ou d'une semaine que j'ai eues me donnaient du plaisir, certes, mais aussi un peu de tendres.se que je leur rendais avec usure, sans pourtant que nous nous fissions illusion sur la durée de nos sentiments ni sur leur profondeur. Je trompais ainsi ma faim d'amour réel et complet. Amourettes avant l'amour, oui, mais débauches, non pas. La débauche est une passion, comme le jeu ou l'alcool. Si j'avais été dominé par une telle passion, fossé-je parvenu, si jeune, à la situation morale que j'occupe aujourd'hui? Je vous demande pardon, murmura Louise. Mais n'en accusez

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==